Bande dessinée - 400e de Québec : un hommage à seize mains

C'était une évidence: le vent de célébration qui souffle actuellement sur Québec ne pouvait certainement pas épargner l'univers du 9e art. Et la ville, qui célèbre cette année le 400e anniversaire de sa fondation, peut depuis cette semaine compter sur des bulles de circonstance. Des bulles qui éclatent dans un recueil de quatre histoires mis en case par des bédéistes d'ici et de France sur un seul thème: «Québec, un détroit dans le fleuve» (Casterman).

Sous une couverture cartonnée portant le sceau du célèbre éditeur belge, la fondation de la ville — c'était le 3 juillet 1608 et Samuel de Champlain était présent — se fait donc lustrer par plusieurs duo d'artistes composés spécialement pour la création de cet album-événement. L'aventure a été orchestrée par Thomas-Louis Côté, directeur du Festival de la bande dessinée francophone de Québec.

Résultat, les quatre siècles d'existence de ce coin du Québec où le fleuve se rétrécit sont ici résumés en quatre anecdotes à la trame de fond commune, malgré des époques changeantes, et à la qualité chancelante, comme c'est souvent le cas dans ce type de compilation de planches.

Des faits? Sous la plume de Pascal Girard, un p'tit gars de Jonquière, au scénario et d'Étienne Davodeau, un gars de «l'ouest de la France», à l'encre de Chine, la ville de Québec se révèle touchante avec cette histoire de «Boulon d'or» qui prend place au début du siècle dernier. Avec des idées de grandeur, la ville vit alors au temps d'une construction titanesque: celle d'un pont, à l'été 2007, qui, pour une vulgaire erreur de calcul, va laisser des familles dans le deuil et des traces indélébiles dans les livres d'histoire.

Autre lieu, autre facette: avec La porte Saint-Jean, Emmanuel Moynot et Philippe Girard explorent plutôt la voie de la liberté, dans un Québec des années 50, en mettant dans une même casserole des concerts jazz nocturnes et... les pères du Séminaire de Québec. Le tout pour une finale bouillonnante et délicieusement subversive, on s'en doute.

Ailleurs, Jimmy Beaulieu au dessin et Émile Bravo au texte tentent une comédie, plus ou moins réussie, sur fond de colonisation, alors que Jean-Louis Tripp et Jean-Sébastien Duberger plongent la tête la première dans le temps des Fêtes pour surligner, avec un trait fin mais répétitif, la légendaire convivialité des Québécois. Une convivialité qui, selon eux, persiste depuis 400 ans et qui justifie du même coup cette déferlante de bulles financées par le gouvernement du Québec, le consulat général de France et la Ville de Québec, peut-on lire en introduction de cette aventure en quatre temps.