3e Journée québécoise des dictionnaires - Entre la fidélité à la France et l'autonomie

Monique C. Cormier, professeure titulaire au département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, est la conceptrice de la Journée québécoise des dictionnaires.
Photo: Monique C. Cormier, professeure titulaire au département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, est la conceptrice de la Journée québécoise des dictionnaires.

Cette année encore, la Journée québécoise des dictionnaires affiche complet. L'événement, destiné au grand public, répond clairement à un besoin de la population d'en savoir davantage sur cet ouvrage universel. À l'occasion du 400e anniversaire de la ville de Québec, la journée se tiendra le 4 avril dans la capitale québécoise, et célébrera les dictionnaires de la langue française, de la Nouvelle-France au Québec contemporain. Entretien avec Monique C. Cormier, conceptrice de l'événement.

«Dernièrement, Michel Drucker était invité à l'émission de Marie-France Bazzo et elle lui a demandé quel était le livre qui avait été le plus important pour lui; il a répondu: le dictionnaire. En résumé, il disait que c'était parce que le dictionnaire contenait en puissance tous les chefs-d'oeuvre qu'il avait pu lire, comme un marché expose tous les aliments dont on peut tirer des plats extraordinaires», raconte Monique C. Cormier, qui voit dans cette anecdote toute la force et le pouvoir d'attraction dont peut jouir le dictionnaire.

«L'intérêt suscité par la Journée québécoise des dictionnaires est tout de même un peu surprenant, mais en même temps, je crois qu'elle répond à un besoin, à une grande soif de connaissances de la population», poursuit celle qui a travaillé avec l'université Laval pour organiser l'événement dans la Vieille Capitale.

Cette année, la Journée exposera les dilemmes, les questions et les tensions qu'a toujours entraînés au Québec l'élaboration d'un dictionnaire, grâce aux interventions d'experts québécois et français.

«Par rapport à l'évolution de sa langue, le Québec a toujours été tiraillé entre son désir de fidélité à la France et son besoin d'autonomie. D'ailleurs, le livre que nous lancerons [voir autre texte en page 10 de ce cahier] lors de la Journée québécoise des dictionnaires explique bien le chemin parcouru de la langue française au Québec, depuis les débuts de la colonisation jusqu'à aujourd'hui», précise Mme Cormier, professeure titulaire au département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal (UdeM).

Pour un dialogue fructueux

Parmi les allocutions les plus attendues, notons celle de Claude Poirier, directeur du Trésor de la langue française au Québec et professeur titulaire au département de langues, linguistique et traduction de l'université Laval.

«M. Poirier est un des grands spécialistes québécois de l'histoire des dictionnaires de langue française au Québec. Pour l'occasion, il nous brossera un tableau de l'évolution de la situation», affirme Mme Cormier.

Hélène Cajolet-Laganière et Pierre Martel, deux professeurs du département de lettres et communication de l'Université de Sherbrooke, viendront pour leur part parler du grand projet sur lequel ils travaillent depuis des années: le dictionnaire du français standard en usage au Québec. «Cet ouvrage de l'équipe de l'Université de Sherbrooke est vraiment très attendu, et d'ailleurs, une première version doit sortir en 2008», précise Mme Cormier.

La Journée québécoise des dictionnaires accueillera également un grand invité français: Alain Rey, le linguiste-sémiologue des Ééditions Le Robert. Il se verra remettre un doctorat honoris causa par l'UdeM pour souligner son apport très important à la lexicographie contemporaine.

«Je crois que c'est important pour un événement du genre d'aller chercher des spécialistes du Québec, bien sûr, mais aussi des gens de l'extérieur. C'est intéressant d'avoir une certaine ouverture sur la francophonie, puisque ça permet de déclencher des dialogues fructueux», indique Mme Cormier.

Pour le grand public

Si les différents intervenants de la Journée sont des universitaires, ils ont toutefois été bien avertis qu'ils s'adresseraient au grand public, donc que leurs propos devraient être facilement compréhensibles pour tous.

«Les gens qui assistent à l'événement forment un public très large. Nous voyons évidemment des rédacteurs, des traducteurs et d'autres personnes du milieu, mais aussi des retraités et des étudiants. En fait, les participants sont des gens qui s'intéressent à la langue. C'est donc un défi pour les universitaires d'arriver à vulgariser leur information, mais ils sont bien au courant qu'ils doivent le faire», assure Mme Cormier.

D'ailleurs, si les Journées des dictionnaires sont d'abord françaises, cette particularité est bien québécoise.

«En France, la Journée des dictionnaires a été créée en 1993 par mon collègue Jean Pruvost. Dès le début, j'étais régulièrement invitée à y participer et j'ai finalement eu l'idée d'adapter l'événement pour en faire une version québécoise. Pour moi, c'était très important qu'on s'adresse au public large d'abord, plutôt qu'aux universitaires. Tout le monde est appelé à réfléchir sur le dictionnaire. Les utilisateurs ont aussi leur mot à dire», affirme la fondatrice de la Journée québécoise des dictionnaires.

Activités parallèles

Toujours dans l'esprit que le grand public doit ajouter son grain de sel, le concours «J'ajoute un québécisme au dictionnaire» a été lancé au début de mois, en collaboration avec Radio-Canada et la Librairie Olivieri. Les gagnants verront leurs québécismes d'usage courant inclus dans les prochaines éditions du Petit Larousse, du Petit Robert et du Multidictionnaire de la langue française.

Enfin, comme la Journée affiche complet depuis longtemps et qu'elle se déroule un vendredi, à Québec, il est bien évident que plusieurs personnes intéressées à y assister ne peuvent pas le faire. «Les enseignants, par exemple, ne peuvent pas tous laisser leur classe toute la journée pour assister à la rencontre. Nous avons donc organisé un atelier pour les enseignants du primaire et du secondaire, qui proposera différentes activités didactiques autour du dictionnaire et des pistes pour une meilleure utilisation de l'ouvrage de référence en classe», explique Mme Cormier. L'atelier, animé par Pascale Lefrançois, professeure agrégée du département de didactique de l'UdeM, et Ophélie Tremblay, doctorante au même département, se tiendra le 31 mars à Longueuil et le 2 avril à Montréal.

Pour plus d'information: www.fas.umontreal.ca/dictionnaires/index.htm

Collaboratrice du Devoir