Temps dur pour les librairies indépendantes au Canada

Les chaînes de librairies ont ainsi vu leur part du marché croître au cours des dernières années, et l’acquisition de Chapters par Indigo en 2001 a accéléré un processus déjà bel et bien installé.
Photo: Agence Reuters Les chaînes de librairies ont ainsi vu leur part du marché croître au cours des dernières années, et l’acquisition de Chapters par Indigo en 2001 a accéléré un processus déjà bel et bien installé.

Une étude publiée par Patrimoine canadien confirme que les librairies indépendantes perdent du terrain au Canada anglais, au profit de puissantes chaînes qui occupent maintenant jusqu'à 67 % du marché, si l'on exclut les ventes de livres sur Internet et par courrier.

Voilà qui n'est pas pour égayer les quelque 2000 libraires indépendants au Canada qui, au Canada anglais, semblent frappés encore plus durement que les librairies indépendantes québécoises par ce phénomène de la concentration du marché de la vente de livres au détail.

Sur un marché où les ventes totales ont atteint 1,59 milliard en 2006, l'étude de Patrimoine canadien établit à 44 % la part du marché pour la vente au détail de livres détenue par la chaîne nationale Indigo, qui exploite près de 200 points de vente au Canada, et à 20 %, celle des libraires indépendantes. Au Québec, la part des chaînes Renaud-Bray et Archambault est aussi équivalente à 44 % du marché de la vente au détail.

Les chaînes de librairies ont ainsi vu leur part du marché croître au cours des dernières années, et l'acquisition de Chapters par Indigo en 2001 a accéléré un processus déjà bel et bien installé. Aujourd'hui, le quasi-monopole d'Indigo au Canada anglais entraîne les prix à la baisse, limite la distribution de certains titres et cause des difficultés à de nombreux petits libraires et éditeurs indépendants.

XYZ Éditeur, qui avait développé une maison d'édition au Canada anglais à la fin des années 90, vient de se départir de son pendant anglophone en raison de la réalité de plus en plus difficile du marché de l'édition dans le reste du marché.

«Au Québec, l'éditeur doit payer 40 % au libraire, alors qu'ailleurs au Canada, les grandes chaînes exigent maintenant jusqu'à 47 %. Et si une chaîne refuse de vendre un de nos titres, on perd d'emblée l'accès à 60 % du marché», déplore André Vanasse, éditeur de la maison d'édition XYZ.

Au bout du compte, ce sont aussi les auteurs qui écopent, car leur quote-part est sans cesse diminuée.

À titre d'exemple, la biographie d'Oliver Jones signée par Marthe Sansregret publiée par XYZ Éditeur a été vendue à plus de 3000 exemplaires au Québec, un succès somme toute satisfaisant. En anglais, la même biographie a fait chou blanc, avec quelques centaines d'exemplaires vendus, parce que la chaîne Indigo n'a accepté d'accueillir que 80 exemplaires dans ses rayons. «Quand on n'a pas le soutien d'une chaîne, on est cuit!», déplore M. Vanasse.

Dans l'ensemble du Canada, Indigo exploite 85 grandes librairies sous les marques de commerce Indigo et Chapters, et 152 points de vente plus petits, sous les noms de Coles, The Book Company et SmithBooks. Lors de son assemblée générale annuelle de juin 2007, l'entreprise a annoncé son intention d'ouvrir six nouvelles mégalibrairies et six nouvelles librairies en centre commercial au cours des 18 prochains mois.

Dans son rapport, Patrimoine canadien signale que les techniques de vente au rabais favorisées par les grandes chaînes pour des livres à succès pourraient avoir un effet néfaste sur la diffusion des auteurs canadiens, surtout soutenus par les librairies indépendantes.

Jack David, d'ECW Presse, une maison d'édition torontoise, confirme cette tendance. «Notre avenue réside maintenant dans de nouveaux modes de mise en marché. Nous devons développer la vente sur Internet et la vente directe au consommateur», a-t-il soutenu hier.

À son avis, les livres de poésie et de nouvelles auront de plus en plus de difficulté à être diffusés dans ce contexte où les mégalibrairies misent gros sur les titres vendeurs. Aux prises avec ce marché en mutation, deux maisons d'édition canadiennes, Raincoast et Altitude, viennent d'ailleurs de fermer boutique.

Outre les grandes chaînes, les magasins de vente au détail, comme Wal-Mart, Costco et autres géants, accaparent de plus en plus la vente de livres à succès au rabais. Par ailleurs, Patrimoine canadien évalue à 4 % la part des livres maintenant vendus sur Internet, notamment par Amazon et les autres entreprises de vente en ligne.
3 commentaires
  • Geneviève Caron - Abonnée 5 février 2008 08 h 49

    Profession : Libraire, grande surface

    La réalité me semble être bien reflétée dans cet article. Je n'ai pas l'expérience du ROC, mais je suis libraire à Montréal et je travaille pour une ''grande surface''. Il est vrai que la part d'auteurs littéraires québécois, surout quant au nombre d'exemplaires reçus (2 ou 3 parfois), peut être dérisoire; nous avons 500 exemplaires du Secret de Rhonda Byhrne et 3 copies de L'homme rapaillé de Miron. Mais il faut aussi être franc : Miron, ça ne se vend pas hors des périodes de rentrée scolaire. Les gens veulent Di Stasio#2, Le secret et les prix littéraires. Nous ne pouvons rien en ce qui concerne la concentration du marché à moins de changer les lois et, franchement notre façon même d'envisager l'économie; pourquoi est-ce que ça serait plus grave dans le cas des librairies que dans celui de l'alimentation? Nous pouvons par contre demander à Québec de soumettre les libraires à un certain pourcentage, en mètre carré ou en nombre qu'en sais-je, réservé à la littérature québécoise, canadienne, un peu à l'image de ce qui se fait dans le domaine de la radio. Ce qui me semble à la fois réaliste, concret et efficace.

  • Yvon - Inscrit 5 février 2008 12 h 07

    Livraisons à domicile...

    De toutes façons il n'y a plus au Canada comme au Québec de vrais libraires. Je ne parle pas de Gallimard, Olivieri et la Librairie du Square, ce sont des exceptions. Le reste Renaud-Bray, Archambault etc. sont des succursales comme IKEA. Ce n'est pas parce qu'on vend du pain qu'on est boulanger. Allez voir les jeunes qui travaillent chez 1ère Moisson ou Pain Doré, ils ne sont pas boulangers. Comme chez Hamel au Marché Jean Talon, ils ne sont pas plus fromager non plus. Pour les livres c'est la même chose. Ça porte u grave préjudice à la vie de la littérature et le reste ce genre de gros stock de paier à la forme d'un livre. Amazon et l'INternet est la solution.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 5 février 2008 15 h 26

    Commandez donc en ligne !

    Jack David, d'ECW Presse, une maison d'édition torontoise, confirme cette tendance. «Notre avenue réside maintenant dans de nouveaux modes de mise en marché. Nous devons développer la vente sur Internet et la vente directe au consommateur», a-t-il soutenu hier.

    C'est précisément ce que les Éditions Pierre François Gagnon ont commencé à faire depuis un certain temps, à partir des quelques livres de son auteur Gary Gaignon, sur le fameux site d'édition en ligne pionnier : wwww.editel.com ! Les livres de qualité librairie sont livrés à domicile pour le même prix, par l'entremise de notre fournisseur actuel!