Poésie - Lectures à l'horizon

L'événement de la saison sera sans aucun doute la publication en avril, dans la célèbre collection «Rétrospectives» à L'Hexagone, de la somme poétique de Nicole Brossard sous le titre D'aube et de civilisation, préparée par Louise Dupré et réunissant tous les recueils de l'auteure parus entre 1965 et 2005, une occasion unique de suivre l'évolution de la poésie moderne au Québec sur une période de 40 ans. Il faudra compter aussi sur le dernier tome de la grande rétrospective des oeuvres de Renaud Longchamps, aux Éditions Trois-Pistoles, sous le titre de Communions. Ce livre devait nous parvenir à l'automne mais des problèmes techniques en ont retardé l'arrivée. Nous attendons, plus tard en mai, Un souffle actuel, une anthologie des jeunes poètes québécois préparée par Robbert Fortin, à L'Hexagone également.

Aux Éditions David, nous irons voir ce qu'il y aura d'intéressant dans le Nid de brindilles de Carmen Leblanc, et cela, sous les Percées de soleil d'Hélène Bouchard, deux premiers recueils de haïkus. L'expert en «expiration poétique et en réacsituation de communication» que serait Éric Charlebois nous propose ses Circatrices, qu'on présente ainsi pour faire peur: «une nécromanie, ainsipide, en quête d'une tendre fin». Nous lirons aussi le premier recueil de Michèle Blanchet, Sous la lampe-tempête.

Aux Écrits des Forges, nous retrouverons Jean Royer avec des Poèmes familiers et François Charron qui nous dira comment Nous aurons tout vécu. Yolande Villemaire conjuguera L'Amoure au féminin tandis qu'Henri Chassé nous offrira des Morceaux de tempête. Avec une naïveté que nous souhaitons assumée, Nancy R. Lange lance sa supplique avec Reviens chanter rossignol. Reste maintenant à Patrick Boulanger de nous parler des Orphelins, à Jean Sioui de voguer sur L'Étang de paroles et à Monique Juteau de parcourir Des lieux et des villes.

Les Herbes rouges se feront plutôt discrètes avec trois titres. D'abord, l'inépuisable Louis-Philippe Hébert, qui a décidé de vider ses tiroirs qu'il n'avait pas ouverts depuis des années, nous proposera de lire une Correspondance de guerre, Corinne Chevarier mettra Dehors l'intime et Julie Fauteux entreprendra une Démolition de nuit. Ça promet déjà.

Les Éditions de l'Hexagone, dans leur incontournable collection «L'appel des mots», réuniront des textes écrits par Fernand Ouellette entre 1997 et 2002, révisés en 2007, sous le titre Présence du large suivi de Le Tour et de Lumières du coeur, des textes de réflexion à forte dimension spirituelle. Pierre-Yves Soucy, sous le titre assez pompier de Fragments de saisons, essaiera de nous convaincre de l'y suivre. Dans la collection «Écritures», il faudra voir aussi où va nous mener La Route du sabre de Nicole Blouin. Hors collection, Michel Garneau nous offrira, en mars, un fort volume de 320 pages intitulé Poèmes du traducteur, écrit pendant qu'il traduisait Book of Longing de Leonard Cohen parce que, dit-il, «traduire, c'est plate».

Mémoire d'encrier propose deux titres. L'un est de l'auteure d'origine égyptienne Mona Latif-Gattas, Les Chants modernes du bien-aimé, qu'on dit inspiré de la tradition poétique des mystiques de l'Orient et l'autre du poète guadeloupéen Ernest Pépin, Dit de la roche gravée.

Les Éditions du Noroît entreprennent, cette saison, la publication de pas moins de 15 recueils. D'abord, en février, nous entendrons, À la faveur du silence, la parole de Guy Gervais, puis nous recevrons les Miniatures, balles perdues et autres désordres de Monique Deland. En mars, Serge Mongrain, qui s'est fait rare, nous parlera de son Insoumission, et nous lirons trois premiers recueils, dans la collection «Initiale», soit L'Émondé de Judy Quinn, une Jolie vente de débarras de France Cayouette et Qui s'installe d'Hector Ruiz. En avril, nous irons avec Céline Fortin sous Un ciel laiteux surveiller La Lumière aux aguets de Marcelle Roy, et nous rejoindrons Denise Brassard sur La Rive solitaire. Quant à Patrick Lafontaine, il nous fait connaître la passion de son Homa Sweet Home. En mai, nous rencontrerons Martin Thibault avec Un oiseau moqueur sur l'épaule, peut-être bien en plein coeur de La Ville tatouée de Fulvio Caccia. Robert Melançon réédite aussi sa Peinture aveugle, alors qu'en janvier, dans la collection «Chemins de traverse», aura paru Le Désaveuglé, parcours de l'oeuvre de Robert Melançon proposé par Yves Laroche, Louis-Jean Thibault et al.

L'Oie de cravan, l'éditeur lent, pour se conformer à la saison, nous offre les Bancs de neige de Maxime Catellier, qui serait une poésie surréaliste ancrée dans la réalité du Québec du XXIe siècle.

Chez Triptyque, c'est par la Porte dérobée de Louise Deschênes qu'on ouvre la saison afin d'atteindre Les Rives claires de Michel Létourneau. Edgar Gousse, né en Haïti, nous fera une bien étrange confidence alors qu'il avoue ceci: Les oiseaux se taisent et me regardent.

Aux Éditions Trois-Pistoles, outre le Longchamps, pas moins de cinq recueils nous attendent en avril. D'abord, ceux de deux auteurs de Québec, soit Martin Pouliot avec Rien n'est pur et ça me satisfait et le regretté Sébastien Bec avec Nous sommes tous des guerriers. Nous retrouverons Francine Allard Au bout du quai, dont on dit que c'est «un chant de la femme libérée parce que libérante». Serge Mongrain, qui devient moins rare, retourne au Ghetto de son enfance à Trois-Rivières, alors que la Rixe de Pierre Labrie serait un «authentique petit château» (?).

Au Vermillon, on essaiera de suivre Le Pas de deux de Lysette Brochu et de Daniel Paradis, qui se feraient l'écho, si j'ai bien compris, du «ronron d'un chat, des prunelles de chien [et] d'une risette d'enfant», entre autres... Vraiment? Une traduction d'Apocryphe de la lumière de l'auteure saskatchewannaise Lorna Crozier, qui revisite le livre de la Genèse, et une réédition de Tant de vie s'égare d'Andrée Lacelle nous attendent.

Disons enfin que les Éditions Nota bene annoncent des inédits de François-Xavier Garneau sous le titre de Poèmes, ainsi que le regroupement d'une série d'articles de Pierre Nepveu, parus dans la revue Spirale sous le beau titre de La Poésie immédiate.

Collaborateur du Devoir