Poésie québécoise - Prions en l'Église

Quelle oeuvre unique, sinon anachronique, que celle de Jean-Marc Fréchette! Il n'y a bien que Fernand Ouellette avec lui pour tenir ce pari de Dieu, pour en réclamer la présence avec une telle conviction. Le lyrisme religieux du poète tient un peu de la prière ancienne de nos églises d'enfance. La foi qui s'y déploie est d'une telle naïveté que le propos en devient presque lumineux, ouvrant la mémoire à nos plus profondes racines quand, déjà enfants, nous apprenions par coeur nos dévotions du soir, nos envolées du matin.

Le recueil s'ouvre comme une évocation du si beau film Le Grand Silence de Philip Gröning, tourné au monastère de la Grande Chartreuse près de Grenoble, prenant à témoin les hommes de prières: «Les manches des moines / Sont remplies de globes et d'oiseaux. / Ils voyagent dans la Judée bleue de Marie. / Les branches sont pleines de voix / Qui se perdent en d'autres pays.» Le ton est déjà porteur de cette mélopée qui force le passage vers la croyance aveugle. On croirait saint François d'Assise tout proche, prêt à faire chanter les volatiles.

Le but de Fréchette n'est pas de remettre en question quelque historiette que ce soit. L'Immaculée-Conception est donnée pour réelle dans le poème Anneau: «Gabriel / A une tunique rose bordée de pampres d'or // [...] Il touche terre, prince hanté de Promesses, / Et entre dans la maison de Marie, bouleversant / Le pays entier. // Ô Trinité / Dans l'attente la plus aiguë!» Avouons que ce n'est pas peu! Et ce ton perdure tout du long, avec cette même grâce dans les images, fidèle à ce lyrisme qui accentue plus encore l'adoration sous-jacente.

Exaltation mystique

On traverse ainsi le monde du Christ, depuis l'annonce de sa naissance jusqu'à l'Épiphanie: «Les Mages ont traversé mon pays. / Le chant errait sur les plateaux de Jessé // Marie reçoit les Mages en sa maison. / Le Seigneur est un enfant couché / Sur la paille sèche. / Joseph voit les anges miroiter / Autour de Bethléem.» Et voici la résurrection, à l'aube de Pâques, au moment où «Les tremblantes femmes / [qui] vont au sépulcre / Chargées d'aromates // Découvrent le roc / Grand ouvert / Et l'ange éblouissant».

À travers ces paroles votives qui montent jusqu'au Seigneur tant aimé, l'auteur avoue: «D'instant en instant les membres de mon Dieu / Se recréent. Je suis neuf en Lui / Comme la coupe de la rose trémière.» L'exaltation mystique trouve ainsi quelque sommet pour s'épanouir. Nous sommes devant cela un peu pantois, sinon d'admiration, du moins d'étonnement. S'il est vrai que «la terre [est] un globe de larmes», il faut savoir aussi que «le silence est un globe pur», ce qui présuppose une lente méditation monacale pour qu'advienne la grâce de croire.

On ne saurait que reconnaître la perfection méticuleuse de cette écriture proche de l'oraison, car il y a dans les livres de Jean-Marc Fréchette une telle fidélité au rythme et à la manière religieuse que s'impose vraiment un ton à nul autre pareil.

Collaborateur du Devoir

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EN AMONT DU SEIGNEUR

Jean-Marc Fréchette

Éditions du Noroît

Montréal, 2007, 80 pages

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