Exposition à la New York Public Library - Jack Kerouac exposé

Photo: Don Emmert
Photo: Photo: Don Emmert

Le cinquantième anniversaire de la publication en 1957 du roman On the Road, de Jack Kerouac, fournit le prétexte de l'exposition présentée à la New York Public Library du 9 novembre 2007 au 16 mars 2008. Comme son titre l'indique, l'exposition se concentre principalement sur cette oeuvre, en exhibant comme pièce de résistance le «rouleau» légendaire sur lequel le roman a été tapé, entre les 2 et 21 avril 1951, ainsi que sur la fraternité de la Beat Generation, que Kerouac allait, comme on le sait, baptiser en référence aux vocables anglais «beat» (battu) et français «béat» (heureux en Dieu).

Pour les fans de Kerouac — et ils sont nombreux, sur tous les continents — cette exposition apparaîtra comme l'occasion de pénétrer en profondeur dans les multiples strates de l'existence de l'écrivain, alors qu'elle sera tout autant l'occasion, même pour les spécialistes de l'oeuvre et de l'artiste, d'avoir accès à des documents rarement montrés en public; pour ceux, enfin, qui s'intéressent à la signification pérenne de cette oeuvre, elle pourra tenir comme une invitation à poursuivre les interrogations ouvertes par Kerouac sur le destin de l'Amérique, auxquelles toutefois l'exposition comme telle résiste.

Le concept et le design de l'exposition, déjà visibles sur l'énorme affiche qui orne le frontispice de la vénérable institution new-yorkaise de la 5e Avenue, tiennent dans cette image de la route, qui se prolonge dans le hall d'exposition de cette partie de la bibliothèque consacrée aux «humanities and social sciences». Lorsqu'on entre dans le D. Samuel and Jeane H. Gottesman Exhibition Hall, on est tout de suite face au rouleau, majestueusement déroulé, sous verre, sur la moitié de sa longueur totale (120 pieds — près de 37 mètres), comme une ligne de fuite. On peut donc se pencher à loisir sur l'emblème mythique de cette écriture que Kerouac voulait rythmée comme sa vie sur la route; on y remarque également les corrections, ratures et ajouts qui ont marqué le long travail de réécriture — de même que ce qui manque au tapuscrit et que l'on retrouvera plus tard dans le livre, dont le titre même, puisque Kerouac hésita longtemps entre plusieurs avant de se décider pour celui que l'on connaît. Des indications placées en divers endroits du tapuscrit permettent de repérer des chapitres et des sections de l'ouvrage, relayées par un feuillet explicatif mettant en relief certains aspects du travail d'écriture, telle la censure de certaines expressions, ou l'intervention des éditeurs de Viking Press, qui allaient éventuellement permettre la publication du livre.

Huit ensembles thématiques

De chaque côté de cette salle centrale, où les murs sont tapissés de différentes pièces manuscrites (notes, calepins, etc.) et où sont montrés également des objets divers (jusqu'à une vieille paire de godasses de Jack, usées sans doute sur l'une des routes... ), deux autres parties du hall qui ceinturent cette dernière rassemblent également, en huit ensembles thématiques, une très grande quantité de photos, de dessins, de parties de manuscrits, de lettres, de même que des musiques écoutées par Kerouac (disponibles sur écouteurs) ainsi que quelques peintures réalisées par l'écrivain — souvent en autoportraits — le tout assez bien présenté, sommairement, par le pamphlet d'exposition.

Le parcours proposé est donc très instructif et fort bien documenté à l'égard des différents aspects de la vie de Kerouac, depuis son environnement familial («His French-Canadian parents... were the children of Québecois [sic] immigrants to the United States... Kerouac's first language was jouale [sic], a French-Canadian dialect... ») jusqu'à son entourage beat (Allen Ginsberg, William Burroughs, Lucien Carr, Herbert Huncke, Neal Cassidy, etc.) et à ses fréquentations littéraires (Thomas Wolfe, Dostoïevski, Melville, Thoreau, Whitman, Céline, etc.) et philosophiques (Schopenhauer, Nietzsche, Spengler, etc.), de même que spirituelles, dans ses recherches autour du bouddhisme. Tout cela est également fort bien repris dans le très beau catalogue de l'exposition, publié par son commissaire.

La consécration de Kerouac en cette année du cinquantenaire de On the Road, marquée de diverses manières autant dans le monde de l'édition (simultanément à la publication du «manuscrit original» par Viking Press, ainsi que par l'entrée de Kerouac dans la prestigieuse collection de la Library of America) que dans d'autres manifestations (livres, expositions, colloques, etc.), aurait sans doute réjoui... et peut-être aussi ennuyé Kerouac lui-même. Car toutes les promesses de sa redécouverte de l'Amérique (that great America we all talk about but is still unknown to us... ) restent encore aujourd'hui largement méconnues, sinon simplement ignorées.

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Collaboration spéciale

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Beatific Soul

Jack Kerouac on the Road, Isaac Gewitz, New York/London, The New York Public Library/Scala Publishers, 2007, 207 pages

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