Retour sur le Front de libération des femmes

Lors du procès de Paul Rose, membre du FLQ, Lise Balcer est accusée d'outrage au tribunal pour avoir refusé d'y témoigner. En 1971, les femmes n'ont pas le droit d'être membres de jury: Lise Balcer considère donc que les femmes ne devraient pas collaborer à ce système judiciaire sexiste. Lors de sa comparution, des militantes féministes sautent dans le box du jury en criant «Discrimination!» et «La justice, c'est d'la marde!». Le juge les condamne toutes à plusieurs mois de prison. Quelques mois après, la Loi des jurés est amendée et les femmes auront le droit d'être membres de jury.

Cette action directe est le point de départ du premier ouvrage consacré à l'histoire du Front de libération des femmes (FLF), signé par Marjolaine Péloquin, une des membres de sa cellule Action-choc. Répondant à un «devoir de mémoire», Péloquin a replongé dans ses souvenirs, réuni d'anciennes membres du FLF pour des discussions collectives et relu le journal Québécoises deboutte!, ainsi que des quotidiens de l'époque. Forte de ces diverses sources d'inspiration et d'information, elle présente une histoire détaillée du FLF, une organisation née à la suite de l'arrestation de 200 femmes qui manifestaient à Montréal, en novembre 1969, contre le nouveau règlement municipal interdisant les manifestations. Le FLF s'est dissous quelques années plus tard, après la mort d'une militante dans une manifestation syndicale violemment réprimée par les policiers. Des militantes ont continué leur lutte sur divers fronts, dont celui du droit à l'avortement.

Entre cette naissance et cette mort, le FLF a été un lieu d'apprentissage politique de nombreuses femmes, qui y ont développé collectivement des outils d'analyse, d'organisation et d'action.

En prison pour la cause des femmes présente à la fois des analyses générales du mouvement féministe, plusieurs actions directes (contre le Salon de la femme, pour l'occupation des tavernes, etc.) et l'oeuvre des diverses cellules du FLF (cellule Garderie, cellule Avortement, cellule Journal, etc.), des portraits de militantes qui expliquent les voies de leur engagement, le tout appuyé par des photos et des documents en annexe.

L'entreprise de Péloquin, clairement sympathique aux féministes avec qui elle a milité, n'évite pas le retour critique, détaillant les débats et les clivages qui ont traversé le FLF. Elle entend également contester certaines rumeurs qui circulent aujourd'hui au sujet de cette organisation légendaire. Non, le FLF n'était pas d'abord marxiste-léniniste; il considérait la lutte antipatriarcale comme prioritaire et fonctionnait sur un mode décentralisé et non hiérarchique.

Non, le FLF ne prônait pas un nationalisme étroit; il se revendiquait du tiers-mondisme et du droit de tous les peuples à l'autodétermination. Un livre essentiel pour celles et ceux qui s'intéressent à l'histoire du Québec et du féminisme, ainsi qu'aux dynamiques des mouvements sociaux, à leurs stratégies et leurs tactiques, surtout en cette époque caractérisée par une montée de la droite et un fort ressac antiféministe.

Collaboration spéciale

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En prison pour la cause des femmes: la conquête du banc des jurés

Marjolaine Péloquin

Remue-Ménage

Montréal, 2007, 307 pages