Écologie - Pour en finir avec l'automobile

Verra-t-on au cours des prochaines années se multiplier les mini-voitures peu énergivores telles que la Smart?
Photo: Verra-t-on au cours des prochaines années se multiplier les mini-voitures peu énergivores telles que la Smart?

«La voiture, telle que nous la connaissons aujourd'hui, est condamnée à devenir un accident de l'histoire.»

La thèse est bien sûr discutable. Et c'est sans doute pour cela qu'elle est longuement discutée par Martin Blanchard, du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, et le philosophe Christian Nadeau, dans Cul-de-sac, l'impasse de la voiture en milieu urbain, que la jeune maison d'édition Héliotrope vient de faire paraître.

Petit mais costaud, ce bouquin se veut finalement une réflexion à voix haute et en 126 pages sur notre époque, à travers l'un de ses symboles les plus encombrants: la bagnole.

Omniprésente, adulée, dictatoriale parfois, l'automobile, dans les villes à tout le moins, serait en effet loin d'être seulement ce moyen de transport pratique qui permet aux superficiels d'afficher des signes extérieurs de richesse et aux banlieusards d'écouter la radio bloqués sur un pont. Que nenni!

L'auto est aussi cruelle. De 1965 à 2005, au Québec, elle a fait 2,25 millions de blessés. Elle tue aussi, bon an mal an, près de 700 personnes.

Pis, avec ses émissions de gaz polluants, l'idée du Belge Étienne Lenoir — l'inventeur en 1859 du moteur à gaz et air dilaté — vient régulièrement alimenter le smog sur les villes et accroître l'incidence des maladies respiratoires qui, au Canada, induisent chaque année près de 5000 décès prématurés. Et, comme si ce n'était pas assez, cet objet maléfique stresse ceux qui le font bouger et ceux qui doivent composer avec lui dans des milieux urbains enlaidis par ce «tout à l'auto».

De ce point de vue, «dans un monde parfait, il n'y aurait [donc] plus de voitures», écrivent les auteurs qui, après avoir passé en revue les nombreux «dommages moraux» personnels et collectifs causés par la chose, en viennent pourtant à croire que cette disparition totale n'est finalement qu'une utopie.

Mais le combat n'est pas perdu pour autant. Et la réduction de «moitié des kilomètres actuels parcourus en voiture privée», un objectif exigeant mais réaliste, pourrait être un bon début, selon eux. Cette quête d'équilibre devrait également s'accompagner de véritables programmes pour encourager le développement de modes de transport alternatifs, indiquent les auteurs. Le transport en commun en fait partie et mérite d'être pris désormais plus au sérieux. «Attendre un métro ou un autobus plus de 10 minutes, voire 20 minutes, encourage l'utilisation de la voiture», peut-on lire. Ce qui n'est pas faux.

Au final, ce procès de l'auto en ville devrait être facile à comprendre par les philosophes en herbe qui se questionnent déjà sur le sujet. Quant aux autres, la probabilité qu'ils changent d'avis sur l'importance de leur volant reste toutefois très mince.

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Cul-de-sac, l'impasse de la voiture en milieu urbain

Martin Blanchard et Christian Nadeau, Héliotrope, Montréal, 2007, 126 pages