Politique - Comandante Guevara

Une affiche de Che Guevara dans une rue de Managua, au Nicaragua
Photo: Agence Reuters Une affiche de Che Guevara dans une rue de Managua, au Nicaragua

Auteur, en 2004, de Cuba, totalitarisme tropical, le journaliste français d'origine cubaine Jacobo Machover est un anticastriste militant. Dans La Face cachée du Che, il s'en prend à la figure romantique d'Ernesto Guevara, colportée à travers le monde depuis quarante ans par de naïfs rebelles en manque d'idoles et des intellectuels qui n'auraient pas lu l'oeuvre de leur héros.

Selon Machover, Che Guevara est moins un «libertaire romantique» qu'un «fanatique stalinien», et rien n'est plus dogmatique que ses textes, «où la plus grande orthodoxie politique le dispute à une pulsion effrénée de mort, envers lui-même et envers les autres». Celui que la légende présente comme un humaniste révolutionnaire et un médecin des pauvres n'aurait été, en fait, qu'un aventurier, partisan du plus pur totalitarisme.

Machover, au passage, soulève des doutes sur la formation de médecin du Che et se penche sur son incompétence économique (il se serait retrouvé à la tête de la Banque nationale de Cuba parce qu'il aurait entendu: «Y a-t-il un communiste dans la salle?», question à laquelle il aurait répondu oui, alors que Castro demandait: «Y a-t-il un économiste dans la salle?») de même que sur sa confusion théorique. Le révolutionnaire, en effet, serait passé du péronisme à l'antipéronisme, pour ensuite déboucher sur un communisme à la soviétique qu'il finira par trouver trop mou. Cette confusion s'accompagnera néanmoins d'un fanatisme meurtrier inspiré par une terrifiante rigidité morale.

Che Guevara, selon Machover, souhaitait une attaque nucléaire «préventive» contre les États-Unis et aurait procédé à de multiples exécutions par fusillade avec enthousiasme et sans remords. En 1964, à l'ONU, il déclarait: «Nous avons fusillé; nous fusillons et nous continuerons de fusiller tant qu'il le faudra. Notre lutte est une lutte à mort.» Castro n'appréciera pas cette mauvaise publicité internationale et fera tout, dès lors, pour éloigner le Che de Cuba, tout en continuant d'utiliser une image propagandiste du guérillero sans peur et sans reproche. La mort de Guevara, en Bolivie, en octobre 1967, dans le contexte d'une douteuse fuite en avant révolutionnaire, fera l'affaire du comandante, pour qui le Che était devenu plus utile mort que vivant.

«Savent-ils seulement, conclut Machover, tous ceux qui continuent à brandir sa figure comme étendard, que le Che n'avait comme idéologie que le culte de la mort, la sienne et celle des autres, ainsi que l'instauration de régimes totalitaires partout dans le monde?» On imagine que non. Cette face sombre du Che, cela dit, constitue-t-elle le fin mot de son oeuvre? Quarante ans après sa mort, le débat continue.

Collaborateur du Devoir

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La face cachée du Che

Jacobo Machover

Buchet-Chastel

Paris, 2007, 208 pages

Vient aussi de paraître:

Che Guevara, une braise qui brûle encore

Olivier Besancenot et Michael Löwy

Mille et une nuits

Paris, 2007, 248 pages