Histoire - Appliquez-vous, les enfants

Les cahiers d'école ne sont pas que pâtés, ratures, exercices imposés et calculs anodins. Derrière le tracé d'un G, le thème d'une dictée, la leçon d'hygiène, l'encre même des plumes utilisées, se cachent de vibrants portraits d'époque.

C'est dire le plaisir qu'il y a à feuilleter ce beau livre, qui ravive la mémoire de centaines de cahiers qu'un collectionneur amoureux, Henri Mécou, a su conserver. Bien sûr, c'est tout français: la teneur des leçons en fait foi, les économies du temps de guerre aussi, quand le papier était utilisé dans ses moindres replis, tout comme le rappel constant de l'invention d'une école gratuite, laïque, obligatoire depuis aussi tôt que 1882.

Mais que de points communs partageons-nous quand on voit l'évolution de ces cahiers de quelques sous. Le dessin des lettres d'abord: tant d'efforts, il y a cent ans, pour que la découpe d'un F atteigne la perfection et pour redresser les mots trop pentus. Il y a là de l'oeuvre d'art et on a peine aujourd'hui à croire que des doigts d'enfants tenaient ainsi la plume. L'arrivée, dans les années 60, des lettres en pointillé, sur lesquelles il suffit de repasser, témoigne à quel point tout un monde s'est écoulé.

Il y a aussi ce patriotisme suranné qui habite rédactions et dictées. Et la morale, qui condamne l'alcoolisme et maintient maman au foyer. Et les cartes géographiques qui ne manquent pas d'allure, même sous la main tremblante d'écoliers.

La marge même des cahiers a sa petite histoire: on l'inventera dans les années 20, espace réservé à l'instituteur que les bambins ne doivent pas transgresser. Et il est fascinant de voir à quel point la couleur éclatera dans les pages des cahiers issus des prospères et folles années 60.

Les notes qui accompagnent les photos sont courtes, mais précises, et chaque période a droit à une présentation bien ramassée. Ces textes ont un grand mérite: on n'y sombre pas dans la vaine nostalgie. Car d'entrée de jeu, nous sommes avisés: nature humaine oblige, les parents ne gardaient guère les cahiers des mauvais élèves. Ce sont ceux des enfants modèles qui ont survécu. Il serait donc trompeur de glorifier le passé sur la seule base de cet ouvrage. Ce qui ne diminue en rien l'intérêt et les souvenirs qu'il suscite.