Musique - Arrêts sur image

Glenn Gould est fort bien connu. Du berceau jusqu'à la tombe, il n'est guère de chapitres de sa vie ou de facettes de sa personnalité «unique» qui n'aient été explorés par des amis, biographes, archivistes, musicographe et musicologue, historien de la musique comme de la radio ou du disque, fanatiques des enregistrements, collectionneurs maniaques invétérés. Pourquoi alors un nouvel ouvrage sur Glenn Gould?

C'est qu'il manquait un volet artistique. Si le film a lui aussi exploré la vie du génial pianiste canadien — et homme de radio, technicien d'enregistrement et compositeur —, on pense ici à combien de documentaires et au Trente-deux films brefs sur Glenn Gould, de François Girard, les ouvrages photos se font rares.

Bien sûr, il y a toujours les illustrations et photographies des pochettes de livres ou de disques. Cela reste de l'ordre de l'anecdotique ou de l'illustration de commentaire.

L'ouvrage dont il s'agit ici nous propose une démarche inverse. Le coeur en est uniquement des photos de Gould. Toutes sont accompagnées d'une courte légende explicative et descriptive (où, avec qui, quand, à quelle occasion, etc.), avec parfois une petite citation. Ce qui est absolument faramineux, c'est la qualité artistique tant des photos en soi que de l'impression qu'elles donnent ici.

Il y a les naïfs clichés de famille, les portraits du bambin que sa mère adore, les premières poses au piano, des répétitions, des concerts, des séances d'enregistrement — naturellement — et aussi du studio et des appareils dont Gould disposait pour réaliser ses émissions pour la CBC ou monter ses propres disques.

L'ouvrage fait découvrir un Gould beau. Pour citer le violoncelliste Yo-Yo Ma (qui signe la préface): «L'esprit de Gould était un prisme éclatant, chatoyant, à travers lequel les sons, les sens et les idées se trouvaient transfigurés comme par magie.» Le mot s'avère pertinemment exact au fur et à mesure qu'on feuillette les pages avec délices. La nostalgie pointe aussi parfois: photos avec Isaac Stern, Leonard Bernstein — planches des photos prises lors des répétitions du concert qui fit scandale et lors duquel Bernstein avertit le public new-yorkais qu'il n'était pas d'accord avec la vision de Gould, donc qu'il ne faisait que suivre ses idées, les jugeant valables (on voit la force de persuasion de Gould) —, ou Yehudi Menuhin. Il y a aussi des Canadiens de tous les milieux, la liste serait longue.

Bien des photos en solitaire, dont certaines marrantes, qui l'eût cru? Je pense à celle où on le voit avec sa peau de lapin sous son siège, ou cette série où on le voit «prendre un coup».

De celui qu'on surnomme souvent l'ermite de Toronto, on découvre un visage sincère, sympathique et attachant. Le tout est précédé d'une trentaine de pages d'introduction de Tim Page, critique au Washington Post. Aussi succincte que précise, cette présentation colore la perception que l'on aura du personnage et est tout à fait du calibre de l'ouvrage.

Voici un livre passionnant et extraordinaire pour les amateurs, un vrai beau cadeau de Noël pour qui s'intéresse tant à la photo noir et blanc qu'à son sujet.