Littérature jeunesse - Le luxe des classiques

Pour fêter ses 30 ans de publications jeunesse, Gallimard s'offre 350 pages de souvenirs d'enfance. Cette anthologie regroupe une quarantaine de textes, certains reproduits dans leur intégralité, d'autres en partie seulement, qui ont marqué l'histoire de la maison. On a puisé un peu dans tous les coins du catalogue: poèmes, chansons, comptines, documentaires, albums, romans. On retrouve des textes récents (L'Âne Trotroo et la sardine, de Bénédicte Guettier, et Amélie la souris, d'Antoon Krings) et des classiques (Pierre Lapin, de Beatrix Potter, et un extrait du Petit Prince, de Saint-Exupéry). Les textes sont classés selon les groupes d'âge auxquels ils s'adressent et, dans le sommaire, on indique à côté de chaque titre le temps de lecture (de 5 à 30 minutes) qui lui est associé. Compte tenu du prix de vente de lancement (27,50 $) et du nombre d'histoires intégrales qu'on y retrouve (au moins une vingtaine d'albums), Le Trésor de l'enfance est un choix éclairé pour un père Noël à court d'idées.

LE TRÉSOR DE L'ENFANCE
Collectif
Gallimard jeunesse
Paris, 2002, 352 pages

«C'est en écrivant qu'on devient écriveron», disait Queneau. Et pour le prouver, presque cent fois sur le métier il a remis son ouvrage. Ç'a donné Exercices de style: 99 versions d'une même anecdote, où un type au long cou se fait bousculer dans un autobus. Loin d'être une démonstration scolaire et fastidieuse, ces courts textes expriment avec humour tout le potentiel ludique et créatif de la langue, dont Queneau était un amoureux inconditionnel. À l'occasion de ce double anniversaire — les 30 ans de Gallimard jeunesse et le centenaire de la naissance de Queneau —, la maison fait paraître une édition luxueuse de ces délicieuses déclinaisons narratives. Le livre grand format est conçu en deux parties. La partie supérieure est réservée aux illustrations couleur tandis que la partie inférieure reproduit le texte. On peut donc feuilleter l'un et l'autre séparément et associer l'autre avec l'un à sa guise. Tout ce qui compte en illustration et en graphisme en Europe a donné son interprétation de cette histoire qui se déroule en plein midi dans un autobus bondé. Cela donne un véritable catalogue d'illustrateurs qui, associé aux variations textuelles, nous offre un témoignage éloquent des infinies possibilités de la créativité humaine.

EXERCICES DE STYLE
Raymond Queneau
Gallimard jeunesse
Paris, 2002, 351 pages

Les classiques en édition de luxe à prix modique, voilà le pari des Éditions Gründ. Après Perrault et Lafontaine, c'est au tour de Charles Lutwige Dogson, mieux connu sous le nom de Lewis Carroll, d'avoir les honneurs de la collection. Les textes intégraux d'Alice au pays des merveilles et De l'autre côté du miroir sont donc présentés dans un gros bouquin relié, accompagnés de plus de 200 illustrations couleur. Les illustrations, faites de bois découpé, sont signées Jean-Claude Silbermann, un peintre surréaliste ami de Breton. Cette influence manifeste s'accorde admirablement à l'oeuvre déjà passablement surréelle du mathématicien d'Oxford. Une jolie façon (quoique un peu lourde) de découvrir ou de redécouvrir un des textes fondateurs de la littérature jeunesse.

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES
Lewis Carroll
Traduit de l'anglais par André Bay
Illustrations de Jean-Claude Silbermann
Gründ
Paris, 2002, 479 pages

Roald Dahl, le père de Charlie et la chocolaterie, avait un faible très... fort pour les gourmandises. Ses romans sont truffés de trucs comestibles baptisés de noms farfelus. Peu avant sa mort, un éditeur demanda au célèbre auteur de concocter un livre de recettes à partir des nombreux régals dont il avait parsemé ses histoires. N'ayant plus la force de l'écrire lui-même, Roald Dahl réussit tout de même à réunir les matériaux nécessaires pour que sa femme Felicity puisse mener cette tâche à bien. Illustré par Quentin Blake, un complice de toujours, ce livre de recettes insolites mais parfaitement réalisables nous révèle les secrets des «nouilles flambées au poil de caniche sur garniture de tuyau d'arrosage» comme on en trouve dans James et la grosse pêche, des claque-palais et des gobigoulettes comme en mange la girafe de La girafe, le pélican et moi. L'histoire ne dit cependant pas si les enfants humains les apprécieront aussi.

LES NOUVELLES RECETTES IRRÉSISTIBLES DE ROALD DAHL
Illustrations de Quentin Blake
Traduit de l'anglais de Christiane Prigent
Gallimard jeunesse
Paris, 2002, 64 pages