Bédé - Le papa d'Astérix et des Dalton

En préface, le comédien Alain Chabat livre 28 raisons d'aimer l'oeuvre de René Goscinny. On peut en ajouter 10 ou 20 autres, comme on peut résumer le tout en une seule phrase: parce que c'était le meilleur.

Cet album est donc une promenade dans l'oeuvre de Goscinny, «promenade» étant le terme adéquat: on furète, on feuillette, on musarde, on s'attarde aux nombreuses reproductions de planches de bandes dessinées, de textes courts, de gags, de photos, d'hommages, et on se dit que Goscinny a sûrement été l'un des principaux moteurs de toute la bande dessinée européenne pendant près de 20 ans.

On pourrait le dire autrement: d'un côté, il y avait le maître absolu, Hergé et son Tintin, et, de l'autre, l'animateur essentiel, René Goscinny, l'homme de toutes les collaborations.

Créateur et scénariste d'Astérix, il a initié plusieurs générations à la civilisation romaine, aux locutions latines et à l'histoire de la Gaule. Uderzo a continué seul à écrire Astérix à la mort de Goscinny, survenue trop tôt, dans la jeune cinquantaine, et, par charité, on ne commentera pas ces Astérix post-Goscinny.

Mais Goscinny était plus, beaucoup plus qu'Astérix, même si le simple fait d'avoir inventé ce personnage suffirait à lui conférer une sorte d'immortalité. Scénariste boulimique, il a alimenté Franquin pour Modeste et Pompon, Tabary pour les scénarios d'Iznogoud-qui-voulait-devenir-calife-à-la-place-du-calife, Sempé pour les petits récits du Petit Nicolas, Morris pour Lucky Luke (Goscinny a scénarisé 40 aventures de Lucky Luke et est celui qui a porté la série le plus loin, inventant par exemple le chien Rantanplan et introduisant les Dalton) et tant d'autres.

Avec les Dingodossiers, il a lancé un jeune homme nommé Marcel Gotlib, qui était destiné à une formidable carrière. Il y a également le Goscinny animateur, ami de Harvey Kurtzman, futur directeur de Mad et copain de Terry Gilliam, qui allait bientôt se joindre aux Monty Python avant de devenir un réalisateur célèbre, ainsi que le Goscinny qui, en 1959, a créé l'hebdomadaire Pilote, rapidement devenu le meilleur hebdo pour jeunes dans la francophonie. Dirigeant Pilote, Goscinny a accueilli de jeunes dessinateurs comme Fred, Bretécher, Gir (Moebius), Cabu, Druillet, F'Murr. Bref, la liste est un véritable catalogue de la bande dessinée.

Cet album donne à lire plein de petits textes qu'il parsemait ici et là dans Pilote et ailleurs, des textes toujours drôles, d'un humour tantôt tendre, tantôt absurde. Au fil des pages, on recueille des anecdotes peu connues, dont celle-ci, qui fait rêver: la mort de Goscinny a empêché de faire aboutir un projet d'adaptation cinématographique d'Iznogoud. Le scénario était terminé, et c'est Louis de Funès qui devait incarner le méchant Iznogoud...

En somme, l'hommage est mérité, bien sûr.