Histoire - Visages du Mahatma

Dans le domaine du livre documentaire, le plaisir du lecteur dépend souvent de l'exotisme du sujet traité. Ce Gandhi n'en manque pas puisqu'il nous plonge dans l'Inde lointaine et dans une époque qui commence elle aussi à s'éloigner sérieusement de nous. En même temps, il nous emmène dans le monde assez peu fréquenté de la photo en noir et blanc; pour le meilleur et pour le pire, il le fait avec une sobriété extrême.

Les photos sont intéressantes; la plupart sont très belles. Les plus remarquables datent des années 1930 et 1940, qui furent sinon l'âge d'or, du moins une période très faste pour la photographie de presse.

Onze d'entre elles sont signées par Henri Cartier-Bresson. La qualité technique, la composition et l'expression sur les visages font de ces documents de véritables chefs-d'oeuvre de pertinence et d'éloquence silencieuse. Plusieurs autres, qui montrent surtout le «Gandhi privé», ont été prises par le petit-neveu du Mahatma. En résumé, disons que les meilleures photos sur le sujet semblent avoir été réunies dans ce volume à partir de plusieurs collections.

De courts textes au début de chaque chapitre résument bien et sans complaisance la vie de Mohandas Gandhi (surnommé le Mahatma, qui signifie «grande âme»), ses idées sur la non-violence et son cheminement personnel et politique.

Rappelons simplement ici que le célèbre personnage est né en Inde en 1869. Il a commencé à développer ses idées politiques et morales au cours d'un séjour en Afrique du Sud, où il a été mis en présence de la discrimination raciale.

De retour dans son pays natal en 1913, il a consacré le reste de sa vie à la lutte non violente pour l'autonomie d'abord, puis pour l'indépendance pure et simple des Indes britanniques. La réalisation de son rêve en 1947 a été assombrie par la partition du sous-continent entre le Pakistan musulman et l'Union indienne multiconfessionnelle et laïque.

C'est dans ce contexte de haine intercommunautaire qu'il a trouvé la mort, assassiné le 30 janvier 1948 par un fanatique hindou. Le bouquin s'achève sur les funérailles à New Delhi et à Allahabad.

Les images les plus terribles sont celles qui montrent les émeutes et les déplacements massifs d'hindous et de musulmans qui s'ensuivirent entre l'Inde et le Pakistan. D'ailleurs, il est assez désespérant de penser que des scènes semblables se sont encore produites cette année dans la même région.

Au fil des pages, les illustrations retracent dans l'ordre chronologique les principales étapes d'une vie exceptionnelle. On reconnaît quelques grandes figures historiques (Nehru, Lord Mountbatten, Tchang Kaï-chek), deux grands de la littérature (Rabindranath Tagore et Romain Rolland), mais on voit surtout les humbles et les anonymes que Gandhi préférait fréquenter.

Malheureusement, les légendes, aussi importantes que les textes suivis, sont imprimées tellement petit et tellement pâle sur le beau papier glacé blanc qu'elles sont d'une lecture aussi désagréable que méritoire. L'éditeur a-t-il voulu inviter le lecteur à se mortifier un peu en suivant l'exemple du personnage-titre?