Voyages - Au pays de Siddharta

Leurs montagnes sont les plus imposantes, les plus impressionnantes du monde. Est-ce un hasard si on retrouve dans leur culture tant de méditation et de prière?

Himalaya bouddhiste, beau livre publié aux Éditions de la Martinière, propose un voyage fabuleux en ces contrées asiatiques lointaines où le Bouddha connut, il y a de cela quelque 2500 ans, l'illumination. C'est un périple à travers les montagnes et parmi les gens, à travers les contrées du Tibet, du Bhoutan, du Népal, du Ladakh ou du Cachemire indien qui abrite le peuple du Zanzkar. Ce périple, qui plonge aussi dans l'histoire et dans la culture, se traverse autant par les mots que par les images. Et il faut souligner le caractère remarquable des photographies d'Olivier et Danielle Föllmi et de Mathieu Ricard. Sans relâche, ils ont sillonné les plateaux déserts et les montagnes enneigées, ils ont hanté les monastères et les temples, saisi les sourires, la misère et la dévotion sur les visages, la peur dans les yeux d'un soldat, la ferveur sur les traits d'une méditante. Ils ont su reproduire l'éclat d'un costume traditionnel dans un paysage enneigé, la fragilité d'un pont suspendu, le mystère dans les yeux d'une statue bouddhiste.

Dans cette foison d'images sur papier glacé, l'ouvrage offre aussi une série de textes très documentés, écrits par une brochette de spécialistes, chacun traitant de différents aspects, qu'ils soient culturels, historiques, religieux ou politiques, de la société bouddhiste de l'Himalaya. Parmi ces auteurs, outre Matthieu Ricard, interprète officiel du dalaï-lama en français, on retrouve Sa Sainteté le XIVe dalaï-lama, Tenzin Gyatso, des anthropologues, un enseignant des langues orientales, un graphiste calligraphe spécialisé dans les écritures de la Haute-Asie, une ex-ministre du gouvernement tibétain en exil, des orientalistes, des ethnohistoriens, des ethnomusicologues, des écrivains et un archiviste qui a sauvegardé une collection de livres en danger, dont des écrits originaux du Bouddha.

Dans une langue simple et accessible, à travers des pages richement encadrées, on y explique les fondements de la religion bouddhiste, basée sur la compassion envers autrui, ainsi que son exercice dans cette région précise du monde. On y trouve aussi certains messages d'une sagesse prometteuse qu'il faut conquérir en cherchant sans relâche à déterrer la jarre d'or enfouie en nous. On y retrace aussi brièvement l'histoire du Bouddha, ce jeune prince nommé Siddharta qui, «las de la futilité, dégoûté de la vanité», s'enfuit dans la forêt pour rejoindre quelques ermites errants.

«Il ne renonce pas au plaisir pour se priver du bonheur mais pour le trouver», écrit Matthieu Ricard. Au pied de l'arbre de la Bodhi, «où il a choisi d'atteindre la connaissance suprême», le Bouddha connaîtra l'Éveil et fera de sa vie oeuvre d'enseignement. Aujourd'hui, la vie dans l'Himalaya est toute empreinte de culture bouddhiste. Au Bhoutan, explique Françoise Pommaret, «chaque élément du ciel et de la terre porte un nom tout droit sorti de la littérature bouddhiste. Les plaines sont des "lotus à huit pétales" (symboles de pureté), les montagnes, des "éléphants couchés" (symboles de force), des "lions fièrement campés" (symboles de courage), ou des "garoudas prenant leur essor" (symboles de l'élévation des vues métaphysiques). Les lacs sont des "vases d'abondance" ou des "coupes d'ambroisie". Les pans de ciel aperçus entre les rochers sont assimilés à des "spirales de joie" (gakyl) ou à des dagues représentant la destruction des trois poisons mentaux (désir, haine et ignorance). Le pays tout entier est sacré: chaque vallée est un lieu de pèlerinage; chaque rocher, chaque rivière, chaque grotte a son histoire spirituelle».

Le livre se refermera après un plaidoyer pour l'indépendance du Tibet, signé de l'écrivain tibétain Jamyang Norbu, et une citation de l'écrivain chinois Lu Xun: «L'espoir ne peut être nié ni affirmé. L'espoir est comme un chemin dans la campagne: au départ, il n'existe pas, mais à mesure que les gens marchent au même endroit, il prend forme.»