Calligraphie - Poésie et signes chinois

Shan Sa fait partie de cette génération d'écrivains chinois ayant immigré en France et écrivant désormais en français. Ses romans, dont La Joueuse de go, qui plonge dans l'histoire de la Chine, ont dévoilé une femme à la fois forte et vulnérable, masculine et féminine, mais aussi une femme déterminée, ambitieuse et perfectionniste.

Shan Sa est un nom de plume qui signifie en chinois montagne et bruissement du vent. Cette année, la jeune romancière signe un beau livre qui témoigne de son cheminement en calligraphie et en art contemporain, et qui mêle, parallèlement, prose et poésie.

Le Miroir du calligraphe, qui paraît chez Albin Michel, retrace d'abord le cheminement de la jeune Shan Sa apprenant la calligraphie, avec ses béguins et ses répulsions pour ses maîtres successifs. Délaissant cet art, elle se découvre ensuite une passion pour la peinture traditionnelle chinoise, à travers les aigles que peignait sa grand-mère et les poussins que peignait la dame en rose, maîtresse de son grand-père et rivale de sa mère. Dans l'univers de Shan Sa, la fascination côtoie souvent la violence et l'amour côtoie la trahison.

Ici, cependant, la jeune femme a mélangé les genres et livre tantôt une histoire, tantôt un journal, tantôt des vers.

Mais Le Miroir du calligraphe est d'abord et avant tout un beau livre d'art contemporain. On y exploite l'épaisseur, la profondeur, la courbe, l'émotion ou la finesse du trait, comme le veut cet art qu'est la calligraphie chinoise. «Le trait horizontal, le souffle / Le trait vertical, le bambou centenaire / La diagonale chasse les démons de l'âme / Le crochet, la lance à la pointe d'or», peut-on lire en exergue de l'ouvrage. Les peintures de Shan Sa, qui allient le trait et la couleur, accompagnent les mots d'une poésie légère, qui rappelle les haïkus japonais, ou de réflexions sur l'amour et la vie. «À ma naissance, je rêvais d'épouser la Force, confesse la Beauté, mais on m'a mariée à la Solitude», écrit-elle.

Ce livre plein de force et de légèreté se clôt en ces termes: «L'art est la vanité de l'homme, la volupté de l'éphémère, le miroir de l'éternité.»