Bédé - Repasse-moi le Red Ketchup

Il y a des sympathiques fléaux dont on ne peut, visiblement, se débarrasser facilement. Red Ketchup, célèbre et mythique personnage de la bande dessinée québécoise, en fait certainement partie. Après avoir fait voyager sa bêtise, sa méchanceté et sa violence extrême à travers le monde — et au grand désespoir de ses patrons du FBI — dans les années 1980 et 1990, l'homme reprend en effet du service dans les prochains jours. Avec la réédition de ces aventures déjantées. Et les nostalgiques jubilent déjà.

Avec La Vie en rouge (La Pastèque), premier album d'une série de huit qui doivent être lâchés tous les six mois, l'anti-héros persiste et signe en exposant, pour commencer, des planches inédites publiées à une autre époque dans les magazines Titanic et Croc. L'agent, qui est une grosse farce, y livre le récit de son enfance (difficile et tortueuse, bien entendu) mais aussi sa toute première aventure dans l'univers de templiers qui voient en lui la réincarnation d'un chevalier sanguinaire. On ne s'en étonne guère.

Attaque terroriste à l'arme nucléaire, incursion dans un camp palestinien près de Beyrouth au Liban, assassinat d'un politicien à Dallas, délire cocaïneux... les ingrédients du succès de Red sont tous là. Et ils risquent aussi de séduire une deuxième vague de lecteurs, croit Pierre Fournier, scénariste de cette série au côté du dessinateur Réal Godbout. Comment? En raison du caractère éminemment actuel du propos. «Ça a très bien vieilli, lance-t-il à l'autre bout du fil. Je trouve même que la satire de l'Amérique que l'on retrouve dans les aventures de Red Ketchup est bien plus pertinente aujourd'hui qu'il y a dix ans.»

Là-dessus, les avis sont partagés. Et ce premier volume ne devrait malheureusement pas aider à trancher. Du coup, au-delà de la jeunesse éternelle ou non de ce personnage qui a fait ses premiers pas dans les aventures de Michel Risque, un autre héros de la bédé d'ici, c'est sans doute le caractère anthropologique et historique de ses facéties enfantines qui devrait marquer les esprits, cet automne. «Il est étonnant de voir la facilité avec laquelle on peut trouver des rééditions de Tintin, de Gaston Lagaffe ou de Spirou, dit Fournier. Avec la bédé québécoise, c'est publié une fois et après ça disparaît pour toujours. Or, j'ose croire que nos albums méritent d'être revisités.»

Sans doute. Et avec cette nouvelle mise en couverture cartonnée et en couleur, l'offense aux héros dessinés, portant le Québec dans leur code génétique, devrait donc une fois de plus être réparée. Un peu pour faire plaisir aux amateurs d'antiquités et beaucoup pour stimuler le 9e art d'ici qui, comme tout le monde, a besoin de savoir d'où il vient pour mieux savoir où il va.

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Red Ketchup.

T1: la vie en rouge, Réal Godbout et Pierre Fournier, La Pastèque, Montréal, 2007, 48 pages