Foire internationale du livre de Guadalajara - Écrivains et Cubains

Guadalajara - Alors que le débat sur la liberté d'expression à Cuba fait rage à la XVIe Foire internationale du livre de Guadalajara, certains écrivains cubains qui vivent dans l'île et qui font partie de la délégation ont accepté de parler ouvertement au Devoir des problèmes de liberté d'expression dans leur pays.

Amir Valle, membre de la délégation cubaine et dont quatre livres auraient été censurés à Cuba, est un ami personnel de Raul Rivero, poète et journaliste fondateur d'une agence de presse, qui, en demeurant à Cuba, a eu quelques démêlés avec le régime.

«Raul Rivero est dans une situation délicate», reconnaît Valle. Selon lui, Rivero est dans cette situation parce qu'il a choisi de se mêler de politique. «Il y a deux façons d'être écrivain: l'une est de parier sur la politique; l'autre est de parier sur la littérature. Moi, j'ai parié sur la littérature», dit-il.

Selon Valle, les écrivains de Cuba vivant dans l'île — et ils sont nombreux — doivent éviter d'écrire sur certains sujets tabous. Parmi ceux-là, il mentionne tout ce qui a trait à l'appareil militaire cubain et tout ce qui tient lieu de symbole patriotique. Valle ajoute que quatre de ses propres livres ont été censurés sans qu'il puisse vraiment savoir comment et pourquoi. La censure est une réalité qui peut surgir de divers paliers du gouvernement, explique-t-il. Elle peut être le fait d'un simple fonctionnaire comme d'une décision prise à un niveau plus élevé. Le censuré n'est généralement pas avisé de ces décisions, il apprend simplement que son ou ses livres ne sont pas publiés.

Guillermo Vidal, auteur cubain d'un roman portant sur l'homosexualité, est déçu du fait que ceux qui critiquent la présence de Cuba à Guadalajara associent l'ensemble de la délégation à la police cubaine. «Il y a des gens qui font partie de la police cubaine, mais moi, je n'en fais pas partie», dit-il. Selon lui, la répression s'est un peu relâchée à Cuba depuis l'époque où des auteurs dissidents comme Guillermo Cabrera Infante ont quitté l'île.

Guillermo Vidal et Amir Valle n'étaient évidemment pas présents, dimanche soir, au lancement d'un numéro de la revue Letras Libres, au cours duquel des membres de la délégation cubaine et des étudiants mexicains ont tenté, par les insultes, le bruit et l'intimidation, d'empêcher la présentation de ce numéro de la revue qui compte les signatures de plusieurs intellectuels mexicains et dissidents cubains, essayant aussi d'interrompre une table ronde qui réunissait des écrivains cubains dissidents et qui portait sur l'avenir de Cuba. En entrevue, les deux écrivains se sont d'ailleurs dits peinés de l'incident. «Il y a un important problème d'intolérance dans mon pays», reconnaît Amir Valle. Aussi, en conférence de presse mardi, le président de la Foire internationale du livre de Guadalajara, Raúl Padilla Lopez, et la directrice générale Luisa Maria Armendariz Guerra ont dit déplorer ces incidents.

Les autorités de la foire ont nié les allégations de l'écrivain cubain exilé Guillermo Cabrera Infante, selon lesquelles celle-ci est entièrement sous le contrôle des autorités cubaines. Raúl Padilla, président de la foire, a expliqué que le comité organisateur avait pris soin de «compléter» le programme au départ prévu par la délégation cubaine.

La présence de Cuba comme invité d'honneur à la Foire internationale de Guadalajara a suscité des critiques extrêmement vives dans l'opinion publique mexicaine.

Le journaliste d'origine argentine Andres Oppenheimer, auteur d'un livre intitulé La hora final de Castro (La Dernière Heure de Castro) et notamment correspondant pour le Miami Herald, a déclaré, dans le quotidien Publico de Guadalajara, que faire de Cuba l'invité d'honneur d'une foire du livre revenait à organiser un «festival de la femme en l'honneur des talibans».

Mais le volet culturel de ce programme a suscité un grand enthousiasme dans la population de Guadalajara.

Par ailleurs, Cintio Vitier, poète cubain renommé, s'est fait remettre le prix Juan Rulfo, accompagné d'une bourse de 100 000 $.