Festival international de littérature - Dans le silence des corps

C'est dans le monde clos de l'autisme que la comédienne et auteure Louise Bombardier a puisé l'inspiration des textes de ses Petits fantômes mélancoliques, qui inspirent le spectacle qui sera présenté lundi soir au studio de l'Agora de la danse, dans le cadre du Festival international de littérature. Autisme, mais aussi «érautisme», comme elle désigne elle-même cet univers intérieur où la sexualité et l'abus sexuel ne sont jamais bien loin.

Le thème de ce spectacle, qui réunit danse, musique et littérature, c'est d'abord et avant tout l'incommunicabilité, le leitmotiv de Louise Bombardier étant donné que l'intérieur et l'extérieur sont des mondes immensément séparés. C'est parce qu'elle avait besoin d'une parole difficile, infiniment intime, que Louise Bombardier s'est inspirée de récits d'«autistes savants», ou autistes de haut niveau, qui ont réussi, avec l'aide d'éducateurs, à faire émerger le secret qui les enferme depuis la naissance. Dans ses textes et son spectacle, les personnages sont «métaphoriquement autistes», c'est-à-dire qu'ils vivent une coupure profonde avec le monde extérieur.

«J'ai élargi l'autisme à toutes sortes de mélancolies, dit-elle. Car c'est de ça qu'il s'agit. Ce sont de grands mélancoliques.»

De cet état de «mort sèche», Louise Bombardier a fait naître une série de personnages — Hélène, Angéline, Liliane, Béatrix, Mathilde, Hans, Athéna, Colette, et d'autres —, des êtres vivant une extrême souffrance, prenant enfin le risque de la parole. «J'ai inclus là-dedans toutes sortes de personnages pris dans des situations d'envoûtement, qui s'accommodent des pires horreurs», dit-elle.

Dans le spectacle qui sera présenté lundi, Louise Bombardier s'est jointe à la chorégraphe Louise Bédard et au danseur Paul-André Taillefer. Alors qu'elle assumera seule la narration, ils présenteront ensemble une oeuvre de mouvement. Car c'est bien le silence du corps que Louise Bombardier a voulu faire exulter dans ce spectacle qu'elle dit à la fois lourd et léger, porteur d'obscurité et de lumière. «C'est bien respirable même si le fond est lourd», assure-t-elle. Car c'est d'abord et avant tout la compassion qui la guide auprès de ces figures blessées, et la prise de parole y agit comme la lumière au bout d'un tunnel autrement sans issue.

Théâtre et slam

Le Festival international de littérature se poursuit par ailleurs toute la fin de semaine, dans divers lieux montréalais. Mentionnons au passage Malaussène au théâtre, de Daniel Pennac, mis en scène par Marc Béland à l'Espace go, les samedi 15 et 22 septembre, et interdit aux plus de 18 ans. Dimanche et mardi, on pourra également assister au Lion d'Or aux finales montréalaise et nationale de slam, sous le titre «Le grand Slam». Selon la définition de Wikipedia, le grand slam est «un art d'expression populaire oral, déclamatoire, qui se pratique dans des lieux publics comme les bars ou d'autres lieux associatifs, sous forme de rencontres et de joutes oratoires. On vient y dire, scander, chanter, jouer des textes de son cru sur des thèmes libres et parfois imposés». Avis aux intéressés.

C'est sans parler aussi notamment de La Soupe de Kafka, ce spectacle présenté le 21 septembre à 20h, au Lion d'Or, basé sur le livre du même nom, de Mark Crick, qui livre 16 pastiches littéraires sous forme de recettes de cuisine.

Pour plus d'infos sur les multiples événements du FIL, on peut consulter le www.festival-fil.qc.ca.

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