Foire internationale du livre de Guadalajara - Tergiversations diplomatiques

Guadalajara — Le Canada s'est montré surpris du fait que le Québec ait été invité d'honneur pour l'édition 2003 de la Foire internationale du livre de Guadalajara. Mais les autorités canadiennes se seraient calmées, après qu'on leur eut expliqué que d'autres régions du monde, qui ne sont pas des pays, dont le Nouveau-Mexique ou Puerto Rico, ont déjà été au centre de l'attention de Guadalajara. Le Canada a, par ailleurs, été l'invité de la Foire du livre de Guadalajara en 1996, et des régions du monde à la culture distincte, comme la Catalogne ou l'Andalousie, pourraient être invitées d'honneur de la Foire en 2004 ou en 2005.

Et c'est la vitalité et le dynamisme du Québec, dans les domaines des lettres, mais aussi dans les domaines des arts plastiques et de la musique, qui ont favorisé sa candidature pour 2003, auprès du comité d'administration de la Foire, qui est un événement important dans le domaine du livre en langue espagnole.

Les Québécois sont les Latinos du nord, expliquait hier Maria Luisa Armendariz Guerra, directrice générale de la Foire.

Il faut dire que le pays invité d'honneur doit occuper un espace substantiel à Guadalajara, tant au plan de l'édition littéraire que dans d'autres domaines artistiques.

Or, pour la première fois cette année, le Canada n'avait pas de stand à la foire de Guadalajara. Les éditeurs canadiens-anglais ont en effet choisi d'intégrer leurs produits au stand du Québec, qui est représenté ici par 16 maisons d'édition québécoises.

Cette décision semble être une décision purement économique de l'Association des exportateurs de livres canadiens.

Des liens profonds

«L'an dernier, déjà, le stand québécois était plus important que le stand canadien», dit Jude Des Chenes, représentant de Québec édition, qui s'occupe de la représentation québécoise à Guadalajara.

Selon Claudia Lucotti, professeur de lettres modernes à l'UNAM (Université nationale autonome de Mexico), les liens de la Faculté de philosophie et de lettres de l'UNAM sont beaucoup plus développés avec les francophones qu'avec les anglophones. Jusqu'à récemment, par exemple, une Canadienne connue comme Alice Munroe était perçue comme étant américaine au Mexique. Or, les relations entre le Mexique et les États-Unis comptent une part d'ambiguïté, sont «un peu spéciales», pour reprendre les mots de Claudia Lucotti.

L'UNAM vient cependant de publier, en collaboration avec le ministère des Affaires extérieures du Canada et le Fondo de cultura economica, un organisme gouvernemental consacré à l'édition et à la distribution de livres, une anthologie de contes d'auteurs canadiens-anglais. Parmi ceux-ci, on retrouve notamment Margaret Atwood, Alistair MacLeod et de Barry Callaghan, qui étaient tous trois à Guadalajara cette semaine pour présenter ce livre. Selon le ministre conseiller à l'ambassadeur canadien à Mexico, Neil Reeder, un deuxième tome devrait regrouper des plumes francophones, québécoises, acadiennes ou franco-ontariennes, par exemple.

Un peu plus tôt la semaine dernière, une importante délégation canadienne était d'ailleurs à Mexico pour inaugurer la chaire Margaret Atwood et Gabrielle Roy, qui chapeautera une participation canadienne à l'UNAM, soit par des cours, des conférences ou des publications. La Québécoise Marie-Claire Blais était de l'événement.

Controverse

Par ailleurs, les relations entre les Cubains habitant dans l'île et ceux de la diaspora ont continué de faire du bruit à Guadalajara, où Cuba est l'invité d'honneur cette année.

Dimanche soir, une présentation d'un numéro de Lettras libres, portant sur l'avenir de Cuba, a suscité un véritable esclandre dans l'assemblée, où de nombreux participants, provenant autant de la délégation cubaine que de la population mexicaine, ont tenté d'empêcher les représentants de Lettras libres de parler.

Parmi ceux-ci, le Cubain exilé José Manuel Prieto a notamment parlé du climat de terreur de faible intensité, utilisé par le gouvernement cubain pour régner sur le peuple. Ce climat ne permet pas, dit-il, la création d'un espace de réflexion qui serait nécessaire à des changements au régime.

Le sociologue Roger Bartra, ancien membre du parti communiste du Mexique, qui se considère comme un «socialiste démocrate», suggérait que, profitant d'une certaine ouverture des Cubains de Miami, le gouvernement américain lève l'embargo sur Cuba, et quel gouvernement cubain entreprenne de son côté, des réformes du régime.

Or, les opposants à cette table ronde, prenant le micro immédiatement après les présentations, ont accusé Lettras libres d'être affilié à la CIA, et de vouloir «salir» la Révolution. La délégation cubaine à Guadalajara compte quelque 600 personnes.

De son côté, la directrice de la Foire, Maria Luisa Armendariz Guerra, a déclaré que ces ateliers étaient des forums ouverts, qui devaient permettre la discussion, et que, malgré l'intensité des échanges, elle ne pouvait empêcher personne d'y participer.

Par ailleurs, la directrice générale a nié les allégations selon lesquelles la Foire internationale de Guadalajara aurait invité Cuba pour pallier l'incident diplomatique survenu entre le président mexicain Vicente Fox et Fidel Castro, lors d'un sommet de l'ONU, à Monterey, en janvier dernier. Le président Fox aurait demandé à Castro de s'en aller pour ne pas froisser le président Bush.

Selon Maria Luisa Armendariz Guerra, il s'agissait là d'un accident plutôt que d'une position diplomatique. Et l'invitation de Cuba à la Foire, malgré toutes les critiques qu'elle génère, montre la proximité du Mexique et de Cuba au plan culturel.