Biographie - Castro à la trace

Le Castro dépeint par le journaliste Serge Raffy dans Castro l'infidèle est-il bien le bon, le seul, le vrai? Les preuves pour l'affirmer manquent. Mais tout de même, quelle magistrale biographie que celle-ci! Rédigée dans un style riche et saisissant, elle suit avec passion le Comandante à la trace, de l'enfance à aujourd'hui.

Castro y apparaît comme un être tourmenté, obsédé par le chaos et le pouvoir à tout prix, comme un don Quichotte rouge, friand de répression, de mensonge et de propagande pour imposer sa «posture politique unique, mi-fasciste mi-communiste». Au libérateur tiers-mondiste que d'aucuns chantent encore, Raffy, dans cette somptueuse enquête librement menée, oppose le caudillo sans foi ni loi, prêt à éliminer ses adversaires, mais aussi ses frères d'armes, sans états d'âme, afin de conserver son ascendant sur tout un peuple.

Revenant sur l'assassinat de Kennedy, sur la mort du Che (dont il trace un portrait très sombre), sur la chute d'Allende et sur une foule d'autres épisodes dans lesquels Castro, parfois à son corps défendant, a joué un rôle, Raffy présente des faits, quelquefois nouveaux mais pas toujours bien appuyés, et en propose de passionnantes interprétations. Il se penche aussi sur la vie privée de «l'infidèle» en évoquant ses multiples épouses, maîtresses et enfants, officiels ou non.

Près de 50 ans après les prémices de la révolution castriste, les Cubains, écrit Raffy, «ne sont même plus cyniques. Ils sont amorphes, hébétés comme les membres d'une secte hypnotisés par un gourou». L'humour, toutefois, ne les a pas totalement quittés, comme en fait foi cette blague où l'un demande à un autre pourquoi les Cubains appellent les aliments «les Américains»: «Parce que, comme eux, on dit toujours qu'ils vont débarquer et on ne les voit jamais.»

Publiée cette année en édition de poche revue et augmentée, cette biographie est une oeuvre contestée mais fascinante, qui se lit tambour battant.

Collaborateur du Devoir

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Castro l'infidèle

Serge Raffy

Le Livre de poche

Paris, 2007, 704 pages