Littérature française - Ruptures en eaux troubles

Sur le quatrième de couverture, l'auteur le précise: «Méduses n'est pas un roman, je n'ai pas écrit de roman, Méduses est une descente. Une descente dans l'intérieur du coeur.» Dès les premières pages, il y a rupture. Et celle-ci n'est pas qu'amoureuse.

«J'étais bien, quoique horriblement mal, et je m'apprêtais déjà à recommander de peur que tu ne profitasses de ton verre vide pour t'en aller. [...] Le cadeau t'avait plu, j'avais beaucoup de succès avec le serveur et j'avais vaguement envie de me tuer devant tes yeux pour voir la gueule que tu ferais. Je me demandais si tu serais triste, pourquoi tu ne m'avais plus donné de nouvelles durant si longtemps.»

Au fil du récit, le narrateur expose son coeur tailladé, brûlé par l'ennemi. Écorché vif, il aime, mais il malmène ses femmes tout en amplifiant la rime pour que la baise s'incline devant le viol, pour que l'amour, le quotidien et la vie prennent la mort comme synonyme. Le personnage se la joue dans une démence assumée. Au lecteur de trouver la mince ligne entre la réalité et un imaginaire fécond. «J'avais perdu plus ou moins 16 kilos. Je me nourrissais pour l'essentiel à base de mort froide, de désastre sous vide, de petits enfers individuels tout préparés.» Les idées de mort annoncée s'enchaînent au rythme des lubies.

Scènes glauques

Vient ensuite la cassure, l'araignée au plafond. La folie du personnage est solidement ancrée. Puis la chute dans laquelle il nous entraîne pour le reste de la baignade en est une dans des profondeurs où même la lumière peine à filtrer, où l'on se demande qui de nous ou du narrateur s'en sortira indemne.

L'aliénation se transpose dans une série de scènes glauques dans lesquelles Jimmy Namiasz, alter ego du narrateur et seule entité prénommée, apparaît comme la clé de ce fol univers.
Les parents du personnage apparaissent au même moment, tel un raz-de-marée de délire médicamenté qui semble sans issue.

Alors que les méduses flottent à la surface, Antoine Brea nous attire vers le fond. L'auteur brille dans les bas-fonds de l'humanité, en eaux troubles, un peu à la Darren Aronofsky dans son Requiem for a Dream.

Collaboratrice du Devoir

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Méduses

Antoine Brea

Le Quartanier

Montréal, 2007, 148 pages