Roman québécois - Pauline Gill aux sources d'Évangéline

Photo: Jacques Grenier

C'est depuis longtemps un classique: l'histoire d'Évangéline et de Gabriel, deux Acadiens déportés sauvagement par les Anglais qui se retrouvent au terme d'un long exil. Lorsque son éditeur, Michel Brûlé, lui a demandé d'écrire un roman à partir de cette histoire, Pauline Gill s'est demandé s'il fallait en écrire une autre version: il existait déjà plusieurs essais sur le sujet, plusieurs romans, en plus du poème initial de Longfellow, écrit en 1847, qui a immortalisé la légende. Remuée par la cruauté des Anglais à l'égard des Acadiens, Pauline Gill s'est laissée prendre par l'histoire. Elle a donc signé Évangéline et Gabriel, qui paraît chez Lanctôt éditeur.

La saga initiale d'Évangéline, telle que décrite dans le poème de Longfellow, a été inspirée du témoignage du prêtre Conolly de Cambridge, qui avait été en contact avec des Acadiens déportés. Si l'histoire de la déportation est exacte, les noms des personnages ont été inventés, comme plusieurs détails biographiques. Aussi Pauline Gill s'est-elle permis de modifier le nom de Gabriel Lajeunesse, qui est devenu Melanson. C'est qu'il n'y avait pas de Lajeunesse en Acadie au moment de la déportation, dit-elle, pas plus d'ailleurs qu'il n'y avait d'Évangéline. Pauline Gill a choisi le nom de Melanson pour rendre hommage à cette famille de bâtisseurs de l'Acadie de l'époque. Elle a aussi donné une mère à Évangéline, qu'elle a nommée Marie-Ange Forest, pour célébrer les Forest, autre famille acadienne des temps anciens.

Jusqu'à présent, à travers son oeuvre, cette auteure de romans historiques s'était donné pour mission de faire connaître l'histoire de pionnières: elle a écrit l'histoire de la première cordonnière du Québec, et elle écrit présentement le deuxième tome de l'histoire de notre première femme médecin. Au début, dit-elle, elle n'était pas sûre que ce projet s'inscrive tout à fait dans la lignée de la mission qu'elle s'était donnée. En faisant des recherches, elle réalise que Longfellow avait des femmes une image idéale, celle de femmes soumises. Son poème se serait aussi alimenté de sources bibliques et de l'oeuvre de Goethe.

Or, aujourd'hui, Pauline Gill dit ne pas croire que les Acadiennes se présentaient comme les victimes soumises et sacrifiées décrites par Longfellow. «Les Acadiens étaient des battants», dit celle qui a aussi voulu corriger l'image dépeinte par les Anglais d'un peuple paresseux et redonner aux Acadiens une fierté d'eux-mêmes. Cependant, en faisant des recherches, elle s'est rendu compte que la déportation avait été encore plus cruelle que ce qu'elle avait cru. Elle a été notamment horrifiée de lire les détails du journal du lieutenant-colonel John Winslow, qui avait reçu l'ordre de vider l'Acadie.

Parmi ses découvertes, puisqu'elle est une infatigable chercheuse, Mme Gill a aussi réalisé que les Micmacs, qui sont demeurés fidèles aux Acadiens, avaient été pour eux des alliés précieux tout au long de cette triste histoire, et que leur amitié avait été indéfectible. Le roman qu'elle a écrit leur a donc fait une place que les livres d'histoire ne leur avait pas reconnue jusqu'à présent.

Évangéline et Gabriel s'est écrit à la vitesse de l'éclair. Pauline Gill a mis huit mois pour en effectuer toute la recherche et la rédaction, accompagnée de deux aides à la recherche et d'une traductrice, qui a permis notamment la lecture de documents en vieil anglais. À partir de maintenant, elle retourne à la rédaction du deuxième tome de Docteure Irma, la première femme a avoir obtenu un permis de pratique de la médecine au Québec.

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Évangéline et Gabriel

Pauline Gill

Lanctôt éditeur

Montréal, 2007, 425 pages
1 commentaire
  • Laurent Desbois - Inscrit 29 juillet 2011 12 h 17

    Ça fini bien… au Québec comme environ un million de Québécois ayant une ascendance acadienne.

    Ça fini bien… au Québec comme environ un million de Québécois ayant une ascendance acadienne.

    Moi en tout cas, je suis Québécois d'origine Acadienne, comme ceux de la Gaspésie, des Iles de la Madeleine et de la Côte Nord.

    http://www.federationacadienneduquebec.org/