Bédé - Deux reines du vide et un retour de balancier

C'est sans doute l'époque qui l'impose: les faux culs, les faux derches, les faux jetons et néanmoins vrais traîtres de l'amitié semblent de nos jours très bien se porter merci.

La jeune Karine, bonne poire et héroïne des Nombrils (Dupuis) — Nombrils qui se préparent à s'exhiber une deuxième fois mardi dans les librairies du Québec —, ne s'en est malheureusement pas encore rendu compte, victime une fois de plus de la mesquinerie de ses détestables et superficielles «amies». Mais qu'elle se rassure, ses géniteurs, Delaf et Dubuc, ont décidé que le calvaire était peut-être terminé. «On ne peut pas toujours taper sur la même tête de Turc», résume à l'autre bout du fil Maryse Dubuc, scénariste de cette délicieusement méchante et caustique série imaginée au Québec, publiée en Europe et appréciée dans toute la francophonie. «Ça peut devenir lassant à la longue.»

Tant pis pour les deux reines de la rosserie, Vicky et Jenny, qui n'arriveront sans doute pas à esquiver un balancier sur le retour dans Sale temps pour les moches, le deuxième tome attendu de ces Nombrils, que le succès inespéré de la première mouture — près de 6000 exemplaires vendus au Québec — n'a toujours pas asséchés.

Sans surprises, les futiles collégiennes obsédées par leur apparence vont une fois de plus chercher par tous les moyens à séparer Karine et Dan en abusant d'un amusant dépressif suicidaire et boutonneux. Elles vont aussi sans relâche tenter d'attirer l'attention de John John, le gars populaire de la ville, dont le visage est en permanence sous son casque de moto.

Mais par-dessus tout, les artificieuses et chantres de l'hypocrisie vont aussi découvrir lentement mais sûrement qu'à force de semer la sournoiserie, ça finit par nous retomber sur le coin du nez.

«C'est un album plus nuancé», dit Mme Dubuc, qui avec son conjoint Marc Delaf a donné naissance à ces Nombrils dont les aventures sont publiées chaque semaine dans le célèbre journal Spirou. Le tome 2 est en fait un assemblage de ces planches avec quelques inédits. «Il est aussi plus humain, puisqu'on essaie, par exemple, d'y expliquer pourquoi Vicky est aussi méchante.»

Le secret est sans doute dans une coupe de cheveux, et pourquoi pas dans un rapport étrange qu'entretient la donzelle avec une grande soeur. À moins que la vacherie légendaire de la métisse aux «chandails bedaines» ne soit finalement induite par le vide abyssal qui l'habite quotidiennement. Qui sait?

Qualifiée par ses auteurs «d'improvisation contrôlée» sur le thème universel de la dureté de l'adolescence, cet autre volet dans la vie de Karine, «la grande moche», et de Vic et Jen, qui sifflent au-dessus de sa tête, a bien sûr tout pour s'inscrire dans l'air du temps: cynisme, mauvais goût maîtrisé, critique de la superficialité mais aussi une scène délectable dans les toilettes où un déprimé chronique va se faire enlever sa ceinture.

Forcément, les mauvais pensants de notre époque vont être flattés. Tout comme d'ailleurs les éternels adolescents, dont ladite époque ne semble pas manquer.

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