Essai - Le monde de Médam

Peintre et sociologue, Alain Médam est aussi un essayiste qui, pour parler comme Barthes, manie la plume en écrivain plutôt qu'en écrivant. La finalité de son écriture, en effet, est plus son écriture elle-même que l'éclairage qu'elle projette sur les sujets abordés. Alain Médam, en fait, médite, et les événements qui l'entourent lui servent de prétexte à cette expérience littéraire.

Dans L'État des lieux par ciel variable. Regards sur soi et sur le monde, il nous propose donc «un entrechoquement raisonné», «une cacophonie concertante», qui va un peu dans toutes les directions mais prend son sens dans une sorte de pensée flottante par laquelle l'auteur témoigne de son humanité perplexe en affrontant — c'est sa formule — ce qui l'interroge.

Habité par la conscience du temps qui passe — il se présente comme «un homme âgé» —, Médam s'avère sensible aux saisons, aux événements irremplaçables qu'elles engendrent, et il accueille en lui autant la nostalgie que le désir de renouveau. «L'homme, écrit-il, cherche sa place, toujours, sans pouvoir se résoudre à n'être qu'à la place où il est.»

Ni optimiste ni pessimiste, il se veut «détrompé» et préfère le questionnement ouvert et radical à l'argumentation. Ébranler les certitudes est son lot. Cela, d'ailleurs, lui inspire une réflexion troublante sur la solitude de l'intellectuel: «Nous pensons que la culture nous mène à l'universel. Nous voulons le croire, mais c'est inexact. C'est souvent le contraire. [...] Ces paroles, dont nous disposons, indisposent ceux à qui elles s'adressent. [...] On se méfie de nous. Nous dérangeons l'ordre établi des connaissances et méconnaissances ordinaires.»

Même s'il mène à l'isolement, l'appel du questionnement s'impose néanmoins à celui qui l'a entendu une première fois. Un coup mis en marche, le flux de la conscience est inextinguible. Les événements du quotidien s'y mêlent aux plus grandes tragédies, et seule l'écriture parvient parfois à canaliser ce débordement.

Happé, par exemple, par la guerre en Irak où, «en une seconde, ce que des mères ont mis des nuits de veille, des années, à porter jusqu'à l'âge adulte, explose», Médam résume peut-être, en quelques phrases, l'essentiel de sa démarche: «Et moi, pourquoi écrire à ce propos? Pour informer? Mais on le sait déjà. Pour réfléchir? Mais à quoi? À l'absurdité de la guerre? Tout a été dit, également. Si l'écriture garde un sens, ici, c'est qu'elle s'entend peut-être comme une prière. Non pas adressée à Dieu qui n'observe cela que de loin. Mais adressée aux hommes. Car ces enfants meurtris, blessés dans leur âme, seront des hommes, des femmes, un jour. Des mères. Des pères. Et ce jour-là, que feront-ils?»

Voilà, tout est dit: ce livre est une prière, celle d'un penseur pour qui la culture est un apprentissage, à la fois douloureux et sublime, d'une sagesse perplexe. Ce n'est pas toujours facile à suivre, à recomposer, mais c'est souvent beau.

Collaborateur du Devoir

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L'état des lieux par ciel variable

Regards sur soi et sur le monde

Alain Médam

Liber

Montréal, 2007, 216 pages

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