Littérature québécoise - 24 petites pièces à conviction

Nul besoin d'enquêter longtemps pour comprendre qu'Objets de guérison, le second recueil de nouvelles de Jacques Lazure, après La Valise rouge (Québec Amérique, 1987), est constitué de vingt-quatre nouvelles où il est beaucoup question de maladie — physique et mentale —, de décrépitude, de mort et de création artistique. Deux douzaines d'histoires courtes qui nous sont toutes plus ou moins servies avec un zeste de fantastique nous rappelant que parmi les références avouées de l'auteur figurent Julio Cortázar et Horacio Quiroga.

Dans Le Risque du désert (1), le corps d'une femme disparue depuis trois mois est retrouvé au Maroc, dans un coin perdu du Sahara. À ses côtés, dans son sac, quarante rouleaux de pellicule photo exposée. Son ex-mari, qui n'avait conservé d'elle aucune trace «matérielle», ne voudra pas quitter la morgue, où on l'avait convoqué pour l'identification, sans emporter avec lui un petit souvenir... Plus loin, À propos de Marcha nous livre le portrait croisé d'une femme qui est morte noyée, perçue par quelques-uns des locataires de l'immeuble où elle habitait de même qu'à travers le parcours sinueux d'une bague étrange.

Relation similaire aux êtres et aux choses dans La Main morte, l'histoire d'un squelette incomplet et d'un deuil impossible. Dans cette courte narration, ainsi que dans plusieurs autres, l'objet «de guérison», pour reprendre le titre du recueil de Jacques Lazure — ossements humains, legs matériels ou spirituels —, est un intermédiaire qui peut faciliter l'acceptation de la mort. Qui nous rappelle aussi que la Grande Faucheuse circule librement parmi nous. Et que rien, peut-être, ni l'amour, ni les mots, ni les arts, ne pourra réfréner son insatiable appétit de chair fraîche. La mort est parmi nous, souveraine et rampante, et la vie qui s'agite est en réalité son coeur qui bat.

Dans Une mort trop douce, sur fond télévisuel de la guerre du Kosovo, un homme se résigne à enterrer au fond du jardin, à la demande de son fils, le chat qui vient de mourir. «La tâche était ingrate et je me sentais ridicule de déployer autant d'efforts pour un chat mort. Mais tandis que je déblayais le sol dur, combien d'Albanais, combien de Serbes faisaient ces gestes en même temps que moi? Combien enterraient un compatriote, une femme, un enfant, un chat peut-être, les chats aussi devaient mourir au Kosovo.»

Ailleurs, un tueur en série signe chacun de ses crimes avec un poème de son cru (Le Crachat), un écrivain est tenu pour responsable du suicide d'une jeune fille de 15 ans (Le Père de Laura). On l'a déjà dit, la mort rôde.

Auteur de romans jeunesse et scénariste d'émissions pour enfants, Jacques Lazure publiait en 2003 Les Oiseaux déguisés (VLB), un deuxième roman en forme d'enquête dans la mémoire enfouie des années soixante, un voyage amoureux et musical, ainsi qu'une fable romanesque plutôt convaincante sur le pouvoir des mots et de la littérature — un thème qui traverse également Objets de guérison.

Suspense léger, dénouement, thématique. En somme, des nouvelles plutôt conventionnelles, un peu inégales, portées par une écriture qu'on ne remarque pas spécialement — ce qu'il ne faut pas confondre avec le minimalisme ou l'effacement. Des nouvelles aussi un peu bavardes et maladroitement incarnées, où l'auteur semble prendre chaque fois son lecteur par la main, en lui expliquant ce qui se passe et ce que ressentent ses personnages. Loin, très loin du «show, don't tell» pratiqué par des nouvellistes comme Tchekhov, Hemingway ou Carver.

Collaborateur du Devoir

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OBJETS DE GUÉRISON

Jacques Lazure

VLB éditeur

Montréal, 2007, 160 pages