Accusé de plagiat - Yann Martel est pris à partie au Brésil

Toronto - L'auteur canadien Yann Martel, récent lauréat du prestigieux prix Booker pour Life of Pi, vient d'alimenter sans le vouloir la rivalité canado-brésilienne, à en juger par le titre d'un récent article paru à Rio de Janeiro: «Prize for a Copy?» (Un prix pour une copie?).

M. Martel reconnaît volontiers qu'il s'est inspiré d'un livre de l'auteur brésilien Moacyr Scliar, paru en 1981, en ce qu'il en a emprunté la prémisse. Le titre de la version anglaise du livre en question était Max and the Cats.

Et cette prémisse, M. Martel affirme l'avoir lue dans un article paru dans le Times qui traitait de l'ouvrage de Scliar et qui avait été rédigé par l'auteur américain bien connu John Updike.

Le Times a cependant fait savoir qu'il n'avait jamais publié un tel article, tandis que M. Updike a indiqué n'avoir même jamais lu le livre de Moacyr Scliar.

Dans Life of Pi, Yann Martel raconte l'histoire d'un garçon dérivant sur un radeau en compagnie d'un tigre du Bengale. Moacyr Scliar raconte l'épopée d'un jeune juif qui survit à un naufrage et dérive sur l'océan avec un jaguar. «J'ai vu une prémisse que j'aimais et je suis parti de là pour raconter ma propre histoire», a confié Martel.

Cette explication laisse perplexe M. Scliar, qui considère l'idée en question comme sa propriété intellectuelle. «Je ne suis pas un querelleur, mais je ne suis pas le seul propriétaire du livre. Mes éditeurs consultent leurs avocats, a-t-il indiqué. Mais je n'en ferai pas une croisade.»

De son côté, M. Martel considère qu'une idée ne peut faire l'objet d'un copyright mais se dit prêt à reconnaître la contribution de l'auteur Scliar au moment de la parution de Life of Pi en portugais. Il se trouve présentement à Berlin pour cinq mois, où il donne un cours à l'université sur la présence des animaux en littérature.

Dans une interview accordée au journal O Globo, de Rio, l'auteur brésilien a déclaré: «Ce qui est irritant dans cette histoire, c'est que la copie a été récompensée à la place de l'original.»

M. Scliar a indiqué son intention de lire le livre de Martel pour mieux évaluer la situation. «Peut-être n'a-t-il pas copié le livre, mais l'idée centrale est la même», a-t-il dit.

Quant à la maison d'édition de M. Scliar, Companhia das Letras, les journalistes brésiliens rapportent qu'on n'y est plus du tout certain de vouloir obtenir les droits pour publier au Brésil Life of Pi.