Littérature jeunesse - Le deuil expliqué aux enfants

Je ne sais pas si ce sont encore les répercussions du 11 septembre, (vous savez le bouc émissaire qui a succédé à El Niño... ), mais la mort fleurit dans les récentes parutions jeunesse. Comme il est difficile de passer à côté, en voici donc un petit échantillonnage pour traverser novembre.

L'ANGE DE GRAND-PÈRE
Jutta Bauer
Gallimard jeunesse
Paris, 2002,45 pages

Un grand-père, confiné à son lit d'hôpital, repasse avec son petit-fils le film de sa vie. Ce moment d'intimité partagé est raconté à travers des illustrations à l'aquarelle d'une grande sensibilité. Le texte, en contrepoint des dessins, nous permet de comprendre, au fil du récit, que le grand-père n'a jamais eu conscience de l'ange qui l'a protégé tout au long de sa vie. Lorsqu'il raconte avoir failli se faire écraser, on voit l'ange, comme en transparence, qui retient le camion; si le grand-père se rappelle avoir plongé au creux des lacs les plus profonds sans se noyer, on voit son gardien ailé le tirer vers la surface. Cette double lecture crée avec le lecteur une complicité qui compte beaucoup dans le charme qui opère à la lecture de ce délicieux petit livre. Surtout que l'ouvrage se conclut sur une note pleine d'espoir. Quand, à la fin de la visite, le petit garçon sort de l'hôpital, on peut voir l'ange du grand-père le suivre dans le soleil d'été.

LOUIS A PERDU SA MAMIE
Texte de Clara Le Picard
Illustrations de Julie Baschet
Albin Michel, collection «La vie comme elle est»
Paris, 2002, 39 pages

Cette toute jeune collection d'Albin Michel affiche clairement sa volonté pédagogique. Son objectif avoué consiste à ne pas laisser l'enfant seul avec ses questions. Les auteurs ont donc créé un groupe d'amis qui leur permet d'aborder, en douceur, divers problèmes au moyen de la fiction. Louis a perdu sa mamie ne se distingue pas par ses qualités artistiques. La mise en page aérée et l'illustration assez sage laissent toute la place aux questionnements, lesquels se glissent dans un scénario assez sommaire. Cependant, comme dirait mon plombier, «ça fait la job». C'est à dire que ce petit ouvrage destiné aux enfants d'âge préscolaire a le mérite de nommer les choses et de les expliquer sans dramatiser.

PAPA, ON NE T'OUBLIERA PAS
Marie Herbold
Éditions Nord-Sud
Paris, 2002, 24 pages

La page couverture imite celle d'un cahier d'écolier (français, bien sûr, on est loin du cahier Canada... ) et l'intérieur se présente comme le journal de bord d'une petite fille pendant la maladie et la mort de son père. L'illustration est donc à l'avenant: un dessin naïf au crayon de bois qui semble sortir directement de la classe d'arts plastiques. Comme on nous l'avait annoncé en quatrième de couverture, Marie raconte, semaine après semaine, la progression de la maladie de son père: les premiers examens, le diagnostic de cancer, les traitements à la chimio, la perte de cheveux qui s'ensuit, les séjours fréquents à l'hôpital, la phase terminale et la mort. Bref, l'album est platement réaliste, bêtement au premier degré mais, pour certains enfants dont c'est la réalité, malheureusement nécessaire.

DANS LES YEUX D'HENRIETTE
Virginie Jamin
Casterman, les albums Duculot
Paris, 2002, 24 pages

Avec Henriette, on est aux antipodes des deux précédents. D'abord, par le format (au moins cinq Louis et sa mamie pourraient se lover dans le corps d'Henriette), ensuite par le traitement. L'illustration, plus esthétisante que narrative, met en couleur une métaphore poétique qui puise son inspiration directement dans l'imaginaire. Au Jardin du Luxembourg, un enfant solitaire et timide se lie d'amitié avec une femme de 118 ans qui lui raconte des histoires. Le hic, c'est que sa nouvelle camarade rapetisse de jour en jour. De haute comme 17 pots de confiture, elle ratatine jusqu'à ne pas être plus grosse qu'une noisette. Le jour où elle disparaît tout à fait, Armand, maintenant chargé des récits de son amie, devient un conteur capable d'entrer en contact avec le monde et ses habitants.