Beaux livres - Être sable ou caoutchouc

Lorsque les sciences de l'ethnologie et de l'archéologie — Anne Varichon — et les sciences du langage — Carlo Roccella — se penchent sur l'existence du sable et l'impact du caoutchouc dans nos vies, l'exercice est aussi ludique qu'inquiétant. Équipés de leurs spécialités précitées, ces deux auteurs des livres Être sable et Être caoutchouc invitent le lecteur à parcourir les deux matières en vedette.

Au fil des pages d'Être sable, les auteurs rendent hommage au sable, le décortiquent et l'accusent. En photos et en textes, ils lui reconnaissent ses bienfaits (le «sable utile», le «sable physique»), lui accordent ses effets (le «sable pour rêver et jouer», le «sable des sens et du sens») et lui collent également l'image cruelle qu'il mérite (le «sable de peur»).

Habitacle pour la cuisson des aliments, compagnon de jeu, assassin durant les ouragans et les tempêtes soulevées par le vent, lit de bronzage, ingrédient de création artistique, matière de base pour la fabrication des processeurs, meilleur ami de l'eau, décor pour une meilleure méditation, témoin, marée minérale, mode de conservation du pharaon à la carotte, muret pare-balle face aux bombardements... le sable et ses utilisations par l'homme sont ici sous rayons X.

On y découvre même la recette parfaite «pour faire un vrai mirage bien tragique». Deux des ingrédients énoncés: du «sable surchauffé par le soleil» ainsi qu'«un ou plusieurs individus si possible épuisés par une longue marche erratique et dévorés par la soif»...

D'hier à aujourd'hui, ici et ailleurs, le sable est parfois ami et parfois ennemi, tantôt source de vie, tantôt responsable de la mort. Bref, un voyage durant lequel on prend conscience que le sable est aussi fascinant que terrifiant, aussi mouvant qu'émouvant.

Le destin d'une substance

«II en faut du talent pour se faire une place aux côtés des bois, tissus, métaux et cuirs! C'est pourtant l'exploit qu'a accompli le caoutchouc en quelques décennies.» Dans le livre Être caoutchouc, Anne Varichon et Carlo Roccella font cette fois-ci l'éloge d'un «vieux compagnon de route des hommes»...

On nous le rappelle: sans savoir exactement quelle forme et quelle odeur il devait prendre, nous avons longtemps désiré le caoutchouc. Par exemple, au chapitre de l'«humble serviteur», on nous remémore que le caoutchouc nous soulage de nos égarements depuis la fin des années 1770, alors qu'il devient gomme à effacer. Et c'est l'avènement du droit à l'erreur...

Lorsqu'il s'immisce dans nos vêtements, le caoutchouc nous libère littéralement. On remonte alors à la Première Guerre mondiale, où c'est l'histoire d'un modeste élastique qui libère — rien de moins — la femme, celle-ci, remplaçant l'homme parti au combat, n'ayant plus le temps de lacer un corset et de glisser de tout petits boutons dans de minuscules boutonnières.

«Le caoutchouc qui se détend pour laisser passer les fesses ou les épaules puis se rétrécit tout aussi vite pour enlacer étroitement la taille ou la poitrine permet enfin de s'habiller et de se déshabiller en un tournemain et sans l'assistance de personne»...

Dans ce livre, photos et textes secouent aussi rudement notre sens de la reconnaissance. On sent l'urgence de reconnaître que le caoutchouc a (presque) sauvé nos vies. Le caoutchouc source de silence (pavage et invention du pneu), synonyme d'imperméabilité et de flexibilité (protège de la pluie, du vent et de la plupart des gaz et produits chimiques), support d'apprentissage (de la tétine au préservatif), partenaire de jeu pour la détente (de la poupée pour fillette à celle pour adultes) et grand rassembleur et mobilisateur (qu'il soit balle ou ballon). Nos hommages!

Collaboration spéciale

Être sable

Être caoutchouc

Anne Varichon et Carlo Roccella

Éditions du Seuil

192 pages chacun

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