Chanson - De Fréhel à... Stefie Shock

Rares sont les bons ouvrages de référence concernant la chanson française (en général, plus on illustre, moins on informe). Plus rares encore ceux qui bénéficient de véritables mises à jour: il faut que l'éditeur suive, que le collectif d'auteurs soit encore d'attaque, etc. Applaudissons donc Hors Collection et l'équipe à nouveau réunie par Gilles Verlant: L'Encyclopédie de la chanson française a droit à une refonte, et cette refonte est considérable. Et pour cause. C'est qu'il s'en est passé, des choses, depuis l'édition de 1997: le meilleur et le pire, de l'effervescence de la «nouvelle chanson française» aux affres de la télé-réalité.

Fallait témoigner de tout, sans parti pris. C'est le mandat encyclopédique, souligné dans le mode d'emploi: «[...] nous avons essayé de chasser de nos esprits tout a priori négatif, tout snobisme, tout ostracisme, toute distinction entre ce qui serait de la "bonne chanson française", de la "variété commerciale", etc.» Moyen contrat. Ça voulait dire grossir en volume, ou bien dégraisser, c'est-à-dire laisser tomber des artistes mineurs, à chaque époque. Applaudissons encore: on a bien peu trié et beaucoup, beaucoup ajouté. Pour quelques Ute Lemper, Pauline Ester et autres Stéphanie (de Monaco) relégués aux oubliettes, la liste des nouveaux arrivants est longue, de Jeanne Cherhal à Bénabar et de Françoiz Breut à Nicolas Jules. L'Odyssée de la chanson française compte 464 pages: L'Encyclopédie, dans un format un peu plus grand, s'arrêtait à 266. Et l'on ne s'est pas contenté d'adjoindre une section «années 2000». Tout ce qui devait être revu a été revu: même les grands d'hier et d'avant-hier, lorsque l'actualité de leur carrière sans fin le justifie, voient leurs parcours retracés, et les textes au moins partiellement récrits.

Révision en profondeur, dis-je. Avec le recul du temps, certains artistes se révèlent de moindre importance, d'autres stagnent, d'autres encore gagnent en stature: un Roch Voisine n'est pas aussi incontournable qu'en 1997, alors qu'un Pascal Obispo ou un Florent Pagny — pour donner des exemples comparables — se sont imposés. Les modifications aux «entrées» respectives reflètent ces destins. C'est vrai aussi pour un Richard Desjardins, plus que jamais reconnu comme un «grand» de la chanson française. Inconnu en 1997, -M- obtient deux pages à lui tout seul dans L'Odyssée.

Logique, la place faite à la chanson québécoise a augmenté de façon exponentielle: jamais le Québec n'a été aussi présent sur la scène française que ces dernières années. Impossible de passer à côté des Lynda Lemay, Natasha St-Pier, Isabelle Boulay, Garou et compagnie. Choix plus pointus, Marie-jo Thério, le Québécois d'adoption Jérôme Minière et Stefie Shock accèdent aussi à l'«entrée» personnelle. Mieux, le petit encadré «chanson québécoise» de l'édition précédente est devenu un article fouillé de quatre pleines pages, intitulé «Québec: la relève permanente», où les Cowboys fringants, Ariane Moffatt, Pierre Lapointe et même Alexandre Belliard sont dûment mentionnés. Parmi quelques incongruités, certes, dont Louphi, Ex-Libris et un certain Bolo (?): c'est le décalage horaire qui fait ça.

Mais ne cherchons pas la petite bête. Cette Odyssée est un sacré voyage et, ce qui ne gâche rien, un livre fort beau. La maquette aussi a été refaite, et l'impératif de lisibilité n'a pas empêché une mise en page plus soignée ainsi qu'une iconographie plus riche: cela se consulte, se feuillette et se laisse regarder. Réussite qui en appelle une autre: rendez-vous dans dix ans.

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L'ODYSSÉE DE LA CHANSON FRANÇAISE

Gilles Verlant, avec la collaboration de Jean-Dominique Brierre, Dominique Duforest, Christian Eudeline et Jacques Vassal

Hors Collection

Paris, 2006, 464 pages