La main dans tous ses états

Giovanni Calabrese, directeur des Éditions Liber, se souvenait des mains travailleuses de son déneigeur de père, nues sur le métal froid en hiver. Il se souvenait aussi d'un cours d'anthropologie dans lequel on avait évoqué Lévi-Strauss qui, traitant de l'oeuvre de Mauss, rappelait l'importance de se pencher sur les «modalités d'utilisation du corps humain». L'idée de cet ouvrage sur la main en est née.

«Ni encyclopédie, ni inventaire ethnographique, ni bilan historique, écrit l'éditeur en présentation à Prodige de la main, tout le monde a compris qu'il s'agissait essentiellement de constituer une galerie d'évocations, personnelles et largement lisibles, peu importe qu'elles fussent de nature scientifique ou littéraire, de la place et du rôle de la main dans l'existence de l'homme et dans sa destinée.» Dix-huit auteurs ont répondu à l'appel.

Le paléontologue Yvon Pageau, dans «Pour donner la main, il fallait faire le premier pas», y va donc d'une petite réflexion évolutionniste sur la main. Joseph J. Lévy propose, pour sa part, une esquisse d'une «anthropologie de la main». L'éthicien Jean-François Malherbe médite sur ses propres mains, mais plus encore sur celles de sa compagne. Georges Leroux évoque bellement les mains de Glenn Gould, alors qu'Éric Volant s'intéresse à celles de Vincent Van Gogh. D'autres explorent les mains de la danse ou de l'aïkido. Des mains, encore des mains, toutes sortes de mains, pourrait-on dire en paraphrasant une chanson folklorique. Des mains en essais, en récits, en poèmes.

Pour illustrer le tout, l'éditeur a fait appel à des photographies d'Alain Décarie, dont de beaux portraits de Mario Bunge, Louis-Pierre Bougie, Gilles Carle, Gérald Godin et Jean-Paul Riopelle, entre autres, dans lesquelles les mains sont mises en vedette. Un divertimento «anthropo-philosophique et littéraire» de qualité.

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Denis Côté - Abonné 16 décembre 2006 22 h 30

    « La main et l'esprit », de Jean Brun (Paris, PUF, 1963)

    Voilà sans doute un heureux complément à cette lecture.