Les beaux livres - Lumière sur le noir continent

Plus qu'ailleurs, la vénusté de l'Afrique tient à celle de ses gens. Parce qu'ici, la mouise est plus épaisse, l'exploitation frise davantage la déraison, la misère exagère, l'oubli s'installe si bien qu'on... l'oublie. Et c'est le Noir continent qui croupit. Avec pareille toile de fond, on tend forcément à se rapprocher, à se tourner vers l'humain. C'est ce que fait allègrement Olivier Föllmi dans Hommage à l'Afrique, croquant les faciès, scrutant les regards sortilège, caressant les peaux striées, jaugeant les chevelures empesées d'argile séchée.

Oh! le cadre de vie africain, faune comprise, est lui aussi révéré: avec autant de doubles, voire de quadruples pages grand format, il faut parfois reculer pour embrasser les panoramas ici déployés. Mais jamais on ne tombe dans les lieux communs: pas de Kili, de chutes Victoria, de Serengeti ou de Zanzibar; et surtout pas de grandes villes, comme si elles n'avaient pas droit de cité du fait de leur passé colonial ou de par leur statut de cités-mouroirs, avec tant de bidonvilles qui les ceignent et les saignent à Blancs.

À peine reconnaît-on les dunes titanesques du Namib, le cours lascivement passif du Niger ou la mosquée-hérisson de Djenné, au Mali. Et puisque les légendes des photos n'apparaissent qu'à la fin, on glisse sans cesse en mode intemporel et en terre inconnue plutôt qu'en terrain connu: Olivier Föllmi nous laisse nous dérouter géographiquement afin qu'on puisse se retrouver à hauteur d'homme, devant l'essentiel.

Après Hommage à l'Inde et Hommage à l'Himalaya, entre autres célèbres projets qu'il a complétés, cet as photographe signe ici un autre remarquable ouvrage constellé d'images éblouissantes, saisies un peu partout en Afrique noire, au hasard de ses rencontres avec les Dogons, les Bochimans, les Peuhls ou les Himbas, prouvant que ce continent est culturellement milliardaire.

Admirablement mise en pages avec un tact graphique hors pair, abondamment ponctuée de sémillantes illustrations, l'oeuvre d'Olivier Föllmi s'achève avec le récit de ses pérégrinations de sept mois, du Sénégal à l'Éthiopie, du Mali au Tchad, de la Namibie au Burkina Faso. «Peuples, Ancêtres, Esprits d'Afrique. [...] Le monde a tant besoin de vous», conclut l'auteur. Et nous, nous avons tant besoin de beaux livres comme celui-là.

- Hommage à l'Afrique, Olivier Föllmi, Éditions de la Martinière, Paris, 2006, 336 pages.

Collaborateur du Devoir