Entrevue avec Chen Jiang Hon - De l'illustration comme art de premier plan

Formé à l’École des beaux-arts de Pékin, Chen Jiang Hon utilise la technique de l’encre de Chine sur papier de riz pour réaliser ses livres, qui sont de véritables oeuvres d’art.
Photo: Formé à l’École des beaux-arts de Pékin, Chen Jiang Hon utilise la technique de l’encre de Chine sur papier de riz pour réaliser ses livres, qui sont de véritables oeuvres d’art.

C'est la Chine ancienne elle-même qui se déploie dans ses albums, avec ses marchés, ses généraux et leurs armées, son opéra, ses sages et ses enfants. Les pages dessinées par Chen Jiang Hon, illustrateur de livres pour enfants, sont si vivantes qu'on en perçoit presque les odeurs et les bruits.

Pourtant, cet homme, qui peint aussi de l'art contemporain, vit en France depuis 19 ans. Et cette Chine fantastique qui se déploie dans les albums qu'il a publiés essentiellement à la maison d'édition L'école des loisirs, c'est une Chine fantasmée.

«La Chine que je décris dans mes livres est un peu sublimée, par moi, par mon imagination, par mes amours pour la Chine, cette Chine que j'ai envie de faire voyager, de partager», dit celui qui fait partie des invités d'honneur du Salon du livre de Montréal cette année, où une exposition lui sera d'ailleurs consacrée.

Formé à l'École des beaux-arts de Pékin, Chen Jiang Hon utilise la technique de l'encre de Chine sur papier de riz pour réaliser ses livres, qui sont de véritables oeuvres d'art. C'est une technique que les artistes chinois utilisaient traditionnellement en peinture.

Cet artiste perfectionniste, qui ne laisse rien au hasard dans ses livres, s'est d'ailleurs mis à l'illustration d'albums pour enfants sur le tard. C'est une fois en France, au hasard d'une commande pour illustrer le livre Un cheval blanc n'est pas un cheval, qu'il fait la découverte de cet univers.

Et l'illustration de livres pour enfants lui permet de vivre une seconde enfance, dit-il, lui qui a grandi sous le joug de la Révolution culturelle. Son père a été envoyé travailler à la campagne alors qu'il était tout jeune, et le petit Chen Jiang Hon avait pour toute distraction un livre pour enfants écrit par Mao. «Je n'ai pas vécu une enfance normale, comme vivent les enfants d'aujourd'hui, avec plein de jouets, de livres, d'activités. Cela n'a pas du tout été mon cas. Quand j'ai découvert les livres pour enfants, à l'âge de 33 ans, j'ai trouvé génial de prendre connaissance de toutes ces choses que j'aurais dû connaître quand j'avais six ou huit ans», dit-il.

Et après 19 ans d'un exil qu'il vit très bien, c'est la Chine qui revient encore et toujours dans ses fables, qui sont toujours accompagnées d'une petite morale. Il retourne d'ailleurs en Chine au moins une fois par année, même si la Chine matérialiste d'aujourd'hui, peu portée sur la vie culturelle, le déçoit.

«La Chine d'aujourd'hui ne m'intéresse pas tellement. Je suis content de voir que la Chine a évolué. Elle traverse une période matérielle. Mais une chose qui est très triste en Chine, c'est que, culturellement parlant, on est en train de traverser une période assez vide», dit-il.

Il parle d'ailleurs avec nostalgie de la Chine des années 1930, qu'il n'a pas connue mais que ses grands-parents, avec qui il a grandi, lui ont racontée.

«Dans mes livres, il y a beaucoup d'images et d'histoires anciennes, mais en même temps, il y a l'histoire elle-même, que j'essaie de faire de la manière la plus moderne pour les enfants. [...] Je suis toujours à la recherche d'un langage universel», dit-il. L'album Le Petit Aigle est une histoire d'initiation aux difficultés de la vie. Celui intitulé Lian est une réflexion sur la richesse et sur le bonheur.

En fait, dans ses dessins inspirés de la Chine, il se permet aussi plusieurs libertés.

«Les paysages de l'album Le Prince tigre ne sont pas chinois, mais plutôt du Cambodge, et les costumes des soldats sont pour leur part japonais», reconnaît-il.

Il fait, quand il dessine, une sorte de cuisine-fusion, où «quelques épices ne sont pas chinoises, mais cela fait un mélange intéressant».

Lui-même adore d'ailleurs la France où il vit et travaille sans problèmes. «Je me sens plus naturel que naturel ici. [...] Mais il faut dire que je suis arrivé avec un bagage culturel solide. J'ai fait de hautes études et je connais très bien la culture chinoise. [...] Je peux m'intéresser à d'autres cultures parce que j'ai quelque chose à dire et à donner.» Un trésor englouti, à découvrir dans ses livres.