Roman historique - Médecine douce

Écrits par des femmes sur des personnages féminins, nombre de romans historiques québécois s'emploient à rendre justice à des héroïnes méconnues de notre passé. Après La Cordonnière et Marie-Antoinette, la dame de la rivière Rouge, la populaire romancière Pauline Gill exhume de l'oubli Irma LeVasseur. Son fait d'armes? Première Canadienne française autorisée à pratiquer la médecine ici, au début du XXe siècle, elle fut à l'origine de la fondation des hôpitaux Sainte-Justine et de l'Enfant-Jésus.

Premier tome d'une saga, La Louve blanche raconte l'enfance, la formation ainsi que l'incessant combat de la docteure Irma contre les préjugés misogynes des institutions médicales. À 17 ans, la jeune fille de la Vieille Capitale doit s'exiler au Minnesota puis à New York pour étudier, les hôpitaux locaux refusant que les femmes y suivent des stages. À son retour, malgré ses diplômes, Irma devra continuer à se battre pour obtenir le droit d'exercer la médecine. D'autant que cette battante, qui a perdu trois frères en bas âge, rêve depuis longtemps de fonder un hôpital pédiatrique ouvert à tous les enfants, sans exception. Un grand projet qu'on la voit mettre au monde avec intérêt, même si d'autres en récolteront la gloire.

Le roman lève le voile sur les conditions indigentes dans lesquelles vivaient les enfants pauvres, ainsi que sur les graves lacunes de la pédiatrie de l'époque: les bambins ne sont pas admis dans les hôpitaux et «sur cent bébés qui naissent chez les Canadiens français, plus de vingt meurent avant l'âge de cinq ans». On y croise aussi en chemin des pionnières, telle la pédiatre américaine Mary Putnam Jacobi.

Reste que certains choix de la romancière semblent discutables. Pendant les années d'apprentissage, par exemple, on en apprend peu sur les cours de médecine — faute de documentation, peut-être. Le récit passe plutôt beaucoup de temps sur des intrigues romanesques d'un intérêt, disons, mitigé (comme les liens d'Irma avec la famille Canac-Marquis). Puisqu'on se situe ici dans le registre du roman populaire, il est normal que les relations entre les personnages et les émotions — hélas généralement convenues — priment, mais trop de longueurs et de répétitions alourdissent cette brique. Très nombreux, les dialogues semblent par ailleurs souvent peu naturels, absorbant l'essentiel des informations didactiques ou d'ordre historique.

Autonome, déterminée, avide de justice, dotée d'un franc-parler, Irma LeVasseur méritait d'être redécouverte. Mais quelques défauts l'auraient rendue plus intéressante... Malheureusement, Pauline Gill traite souvent avec sensiblerie cette femme d'exception, qui avait renoncé au mariage. Le médecin estimait impossible de concilier carrière et maternité, elle-même ayant été abandonnée par sa mère, une chanteuse d'opéra mystérieusement partie refaire sa vie. Son obsession de la retrouver traverse d'ailleurs ce roman, qui réitère — de façon parfois lourdement mélodramatique — les joies de la maternité et l'importance des liens parentaux.

Bref, La Louve blanche dégouline de bons sentiments. Et rappelons-le, ce n'est pas avec ceux-ci qu'on compose la meilleure littérature...

Collaboratrice du Devoir

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Docteure Irma

Tome 1: La Louve blanche

Pauline Gill

Québec Amérique

Montréal, 2006, 544 pages