Littérature jeunesse - La vérité sur les menteries, selon Bryan Perro

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Québec — Invité d'honneur du Salon du livre de Montréal, Bryan Perro est très en phase avec son public, les adolescents. Lors de rencontres dans les écoles et les bibliothèques, il leur raconte tout: le plan de marketing derrière la série à succès Amos Daragon et les échecs de ses romans précédents. Pour ce conteur de talent, rien ne vaut la vérité...

Avant-midi de novembre à la Bibliothèque Gabrielle-Roy, au centre-ville de Québec. Dans un amphithéâtre, un groupe d'élèves de 1ere et 2e secondaire écoutent avec intérêt Bryan Perro leur raconter sa vie. «Castor, c'est mon deuxième roman. C'est l'histoire d'un hydrocéphale et de sa relation avec son poisson dans un institut psychiatrique. J'en ai vendu combien d'après vous?» Dans la salle, on s'esclaffe. Or le ton de l'écrivain redevient sérieux. «Ces livres-là, c'est 10 ans de ma vie... C'est dur. Toi t'aimes ben tes histoires mais ç'a a l'air que t'es tout seul...»

C'est alors que survient un personnage du nom de Michel Brûlé, éditeur des éditions Les Intouchables. «Michel Brûlé était en Roumanie et il a vu une petite fille qui lisait de la mythologie. Il a eu une idée. Il voulait quelque chose pour les jeunes, entre Harry Potter et Le Seigneur des anneaux. Mon éditeur, je l'appelle Mimi...» Et voilà les rires qui reprennent. «J'ai dit à Mimi: "Écoute: moi j'ai une spécialité dans la vie, les livres qui ne se vendent pas.»

On connaît la suite. Avec un million d'exemplaires vendus, du moins selon l'éditeur (les chiffres ne peuvent pas être vérifiés officiellement au Canada), les 10 tomes de la série Amos Daragon constituent l'un des succès de l'édition québécoise. Succès d'autant plus marquant qu'il concerne un groupe peu porté sur la lecture: les ados et les garçons en particulier.

Curieux paradoxe pour un auteur carburant à la mythologie que ce besoin de démystifier son succès. «À la création, Amos Daragon ne s'appelait pas Amos Daragon. Il s'appelait... Il s'appelait... Ixe Draco. Je sais, ça a l'air d'une marque de savon pour laver le linge [...] Finalement, Mimi avait un dictionnaire des prénoms et on est tombés sur Amos. Il a été nommé en 20 minutes au téléphone.»

Et voilà, c'est aussi comme cela que se construisent les plus grands succès. Mais Bryan Perro a beau remplir ses livres de sortilèges, il veut surtout empêcher les jeunes de croire à la magie, justement. «J'ai passé 10 ans de mon existence où je pensais que ça ne marcherait jamais. La plupart du temps, la vie, c'est vraiment pas comme Star Académie. Ça prend du temps avant de faire les choses.»

Un camp de vacances Amos Daragon !

Rencontre avec l'auteur quel-ques heures plus tard, dans un restaurant de la Basse-Ville de Québec: «Moi, je raconte la vérité, aussi bien du succès que des échecs. Ils viennent me voir pour entendre parler de la série, comment c'est parti. Quand les jeunes me demandent combien je gagne par année, je leur dis.» Il s'agit d'être «cool», dit-il. «Ils vont voir un écrivain, ils pensent qu'un écrivain c'est sérieux, ils s'attendent à ce que ce soit long.»

À défaut de pouvoirs magiques, Perro a plus d'un tour dans son sac. Il a longtemps enseigné au niveau collégial, possède une formation d'acteur, et l'art du conte a peu de secrets pour lui. Les jeunes qu'il a rencontré le matin ont eu droit au conte de Cornencul, dont l'auteur s'est servi pour écrire Amos Daragon. L'histoire d'un jeune homme qui fait croire à un vilain seigneur qu'il a le pouvoir de faire bouillir de la soupe par magie.

Bref, la série Amos Daragon est terminée mais l'expérience se poursuit. À compter de cet été, les amateurs pourront même participer à un camp de vacances Amos Daragon, en Mauricie, à Saint-Mathieu-du-Parc, où la compagnie Bicolline organise déjà des jeux de rôles. «Saint-Mathieu, c'est déjà une ville médiévale. L'été, tu vas au dépanneur et tu croises des chevaliers qui s'achètent de la bière», raconte l'écrivain amusé.

On le constate: la réalité est capable de dépasser la fiction. Pour Bryan Perro, il suffit simplement de l'aider un petit peu... «Je ne suis pas loin d'avoir 14 ans dans ma tête. Quand on est allés en Transylvanie avec ma blonde, on a mis de l'ail sous les fenêtres. C'est pour ça que rien n'est arrivé...»