Straram perdu (et retrouvé)

Au coeur de l'oeuvre de Patrick Straram, quasi oubliée pour cause d'illisibilité, gisait un manuscrit que les éditeurs d'ici ont négligé, mais que des éditeurs français recherchaient tel un diamant brut.

En 1953, Straram, alias le Bison ravi, fréquentait à Paris les «Grandes Têtes Dures» de l'Internationale lettriste, cette avant-garde des troquets glauques qui a fait pâlir l'étoile des surréalistes et a donné naissance aux furieux situationnistes. Avant d'émigrer au Canada, en 1954, Straram avait rédigé Les Bouteilles se couchent, sorte de bildungsroman en négatif (il préférait dire «un long poème romancé»: une autoprophétie annonçant la rizière des Blues Clairs), dans lequel est préservée une partie de l'expérience lettriste, donc de l'histoire des avant-gardes du XXe siècle, si difficile à retracer.

Un demi-siècle plus tard, les Bouteilles de Straram se lèvent enfin et réaniment la tribu des Lettristes, dont un certain Guy (Debord), un dénommé Ivan (Chtcheglov) et une inoubliable Michèle (Bernstein), qui ont laissé une empreinte indélébile sur la culture de notre temps. Jean-Marie Apostolidès et Boris Donné, spécialistes des avant-gardes, ont recollé ces tessons textuels retrouvés à la BNQ afin de recomposer ce qui est sans doute le texte le plus précieux de la bibliographie du Bison ravi puisque, en plus de sa valeur documentaire et historique, il permet aussi de retracer les premières influences de cet écrivain atypique, qui a fini par s'égarer dans son labyrinthe «influentiel» et dans les vapeurs de ses dives bouteilles.

Collaboratrice du Devoir

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Les Bouteilles se couchent

Patrick Straram

Édition établie par Jean-Marie Apostolidès et Boris Donné

Allia

Paris, 2006, 142 pages