Beau livre - Le bonheur du bain

Quel merveilleux prétexte au voyage que cette histoire d'eau. Dans son album Les Bains dans le monde, Colette Gouvion emmène le lecteur aux quatre coins de la planète tout en abordant les mythes, les rites, les pratiques entourant l'heure du bain. Asie, Scandinavie, Maghreb, Moyen-Orient, Amérique du Sud... à chaque contrée sa culture du bain, que l'homme peaufine depuis la nuit des temps.

Eau magique, eau liturgique, eau purificatrice, eau thérapeutique, eau de plaisir: graduellement est né un art de se baigner et de vivre, raconte l'auteure.

Et voilà qu'elle nous entraîne de la caverne aux spas modernes, en passant par les sources sacrées de la Grèce antique, les bons thermes romains, l'onsen japonais, le hammam sensuel, le bagna russe et autre bain de vapeur d'Europe du Nord.

Au chapitre «Peuples du Nord», on apprendra notamment que le «chamanisme stricto sensu est un phénomène religieux spécifique de la Sibérie et de l'Asie centrale. Son nom même est venu à travers la langue russe, de la Sibérie orientale, avec un mot toungouse: "shaman".»

Et ce serait grâce au chaman, maître du feu, que seraient nés le sauna et la cure de chaleur, purge du corps et de l'âme ainsi qu'antidote à la mélancolie. «De là à l'utiliser pour prévenir le mal avant d'avoir à le guérir, et constater quel bienfait l'on éprouve à emmagasiner de la chaleur, le pas fut sûrement assez vite franchi, avec ou sans chaman», écrit Colette Gouvion.

Au chapitre «Paradoxes de l'Occident», l'auteure relate le long chemin que l'Europe dut parcourir, après la chute de l'Empire, pour retrouver le goût du bain et le culte du corps qui caractérisaient les coutumes romaines et gallo-romaines. Fini l'hédonisme! Adoptant une position opposée au judaïsme et à l'islam, religions qui assimilent pureté du corps et pureté de l'âme, l'Église catholique condamne le bain.

Au Ve siècle, saint Augustin écrit, dans sa Règle pour les serviteurs de Dieu: «Il ne faut pas que par une recherche excessive de la propreté extérieure, votre âme contracte des souillures intérieures.» Oui, elle sera longue et ardue la route qui mènera à nouveau au goût de l'eau.

Et c'est sur ce plaisir retrouvé et les objets du bain que se termine ce beau livre, abondamment illustré, qui se veut une ode au ressourcement.

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Les Bains dans le monde , Un enchantement des sens

Colette Gouvion, Aubanel, 2006, 180 pages

Collaboratrice du Devoir