Hervé Bouchard, lauréat du Grand Prix du livre de Montréal

Hervé Bouchard
Photo: Jacques Grenier Hervé Bouchard

Le Grand Prix du livre de Montréal a été remis cette année à une oeuvre singulière, Parents et amis sont invités à y assister, d'Hervé Bouchard, paru aux éditions du Quartanier. À la fois roman, pièce de théâtre, et poème, Parents et amis sont invités à y assister met en scène six orphelins de père et leur mère, la mère Manchée. L'action débute au moment de la mort du père, le père Beaumont. Le personnage de la mère n'a pas de bras et vit dans une robe de bois.

«Quelle comédienne aurait voulu qu'on lui coupe les bras pour me figurer? qu'on lui tue le mari? qu'on lui orpheline six fils prêts à la manger? Si je parlais pas, probablement que je cicatriserais», dit la mère Manchée, dans cet ouvrage au rythme hypnotique et à la parole débridée, dont le jury a jugé qu'il a trouvé «la joie qu'on donne à peindre la misère».

Le jury du Grand Prix littéraire de Montréal, qui compte 41 ans cette année, a été touché par l'«audace» de cette oeuvre qui «fracasse la forme», et dont le langage est finalement le personnage principal, témoignait le président du jury, l'écrivain et comédien Robert Lalonde. Robert Lalonde est allé jusqu'à associer l'émergence de Hervé Bouchard, qui mêle «langue parlée et écriture forgée solide» et qui a aussi signé un roman intitulé Mailloux, il y a quelques années, à celle de Réjean Ducharme, en 1965.

L'auteur, quant à lui, y est allé de modestie, en lançant «c'est ma mère qui va être contente», et en se disant ravi que le prix de Montréal soit remis à un «texte très local». Il faut dire qu'Hervé Bouchard appose la mention «citoyen de Jonquière» sur chacun de ses livres, «à la manière de Jean-Jacques Rousseau», dit-il. Bouchard s'empresse par ailleurs de citer Michel Tremblay qui affirme que plus un texte est local, plus il est universel. Éric de Larochelière, éditeur du Quartanier, a pour sa part vanté l'universalité de la «mythographie» de ce texte.

Hervé Bouchard, professeur au cégep de Chicoutimi, assure que c'est d'abord sous forme de musique que la parole lui vient, et qu'une fois que le rythme est installé, la vérité du texte s'impose d'elle-même. Il ajoute qu'il ne cherche pas du tout à faire une oeuvre littéraire, que c'est en fait la dernière chose qu'il veut, mais qu'en étant «rien» cette oeuvre devient littéraire.

Les autres finalistes pour le prix de la Ville de Montréal étaient Louis Hamelin, pour Sauvages, paru aux éditions du Boréal, Andrée Laberge pour La Rivière du loup, paru chez XYZ, René Lapierre, pour L'Eau de Kiev, paru aux éditions Les Herbes Rouges, et Sylvain Trudel, pour La Mer de la Tranquillité, paru aux Allusifs.

Le jury a parcouru 210 livres pour s'acquitter de sa tâche. Chacun d'entre eux devant, pour les besoins de la cause, lire 80 ouvrages.

Hervé Bouchard s'est vu remettre hier un chèque de 15 000 $ qui accompagnait le prix. Il sera au Salon du livre pour une séance de signatures samedi à 18 heures au stand Dimedia.