Arts visuels - Polémique picturale

Les Notes d'atelier (réédition d'un ouvrage de 1991) de la peintre Marcella Maltais nous replongent dans le bon vieux débat qui oppose l'art abstrait à l'art figuratif, la peinture dite d'avant-garde à une approche plus classique. Maltais, qui a étudié avec Jean Dallaire et Jean-Paul Lemieux, a pratiqué l'abstraction, mais, en 1968, elle a vécu une expérience de conversion qui l'a fait passer «d'une peinture instinctuelle (dionysiaque) à une peinture consciente (apollinienne).» Depuis, elle se sent rejetée par ce qu'elle présente comme la clique des «modernes». «On dirait, écrit-elle, qu'il n'y a aucune place pour celui qui n'appartient pas aux cénacles "intello-intellectuels" et qui n'est pas non plus un artiste "populo-populiste".»

Si elle reconnaît que l'aventure abstraite a eu ses mérites au début, elle juge aujourd'hui que cette approche est morte d'épuisement parce qu'elle s'est égarée dans la technique, la théorie et le jeu, devenant ainsi «arbitraire» et subjectiviste. Pourtant, précise-t-elle, «l'art n'est pas une confession, l'art est une interprétation du réel par une sensibilité qui a dépassé l'expression purement subjective».

Opposant la nécessité du sens à la complaisance dans le jeu, l'art qu'elle dit «concret» à l'abstraction gratuite et au réalisme plat, Maltais plaide en faveur d'une peinture figurative obsédée par la lumière: «Le fameux point de repère que réclament ceux qui disent ne pas comprendre la peinture, ce n'est pas la figuration ni l'absence de figuration, mais la lumière qui devrait le leur donner.»

L'imposture de la modernité

Querelleuse, elle s'en prend avec une belle énergie, non exempte de frustration, aux héros des avant-gardistes-à-tout-prix. Elle parle de l'«imposture de la modernité», elle affirme que Picasso dérange moins que les impressionnistes parce que son art est «superficiel [...], facile, brillant, évident» et «ne donne pas à réfléchir», et elle qualifie la peinture de Rothko et de Borduas de «théorique et nihiliste». Le Refus global, selon elle, n'a fait que des ravages: «Négatif, il est né, négatif il se meurt, stérile, sans progéniture, sans même avoir tracé un chemin pour les jeunes générations.»

Le plaidoyer, on le constate, est essentiellement pro domo et sent par moments le ressentiment à plein nez, mais il contient néanmoins plusieurs éléments critiques bien sentis et il a le mérite de bousculer le ronron des dogmatiques de l'art dit actuel.

Toutefois, quand Marcella Maltais se lance dans des considérations éthico-politiques, le caractère profondément réactionnaire de sa vision du monde s'étale au grand jour et dérange, dans le plus mauvais sens du terme. Elle s'en prend, par exemple, à une gauche satisfaite pour mieux glorifier d'inquiétantes valeurs de droite. Elle vomit, notamment, la notion d'égalité, au nom de l'art qui «est supérieur», et en appelle à un «esprit religieux» qui sent plus le soufre qu'il n'inspire la charité.

Malgré ses outrances pamphlétaires, la peintre courroucée suscite de saines réflexions dont l'univers des arts visuels fait trop souvent l'économie. Toutefois, quand elle outrepasse les frontières de son domaine de compétence, elle s'égare.

Collaborateur du Devoir

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Notes d'atelier

Marcella Maltais

Écrits des Hautes-Terres

Montpellier, 2006, 148 pages