L'autobiographie de Dominique Michel: à feuilleter comme un magazine populaire

Dominique Michel partout. Des étagères pleines dans les librairies, des piles dans les dépanneurs, dans les Canadien Tire, et peut-être même aux comptoirs des banques, je n'ai pas vérifié.

Dominique Michel partout, dans toutes les émissions de radio et de télévision, pour promouvoir une des plus grosses campagnes de marketing de l'année: la sortie de son autobiographie.

Alors ce livre, qu'en est-il? Une longue succession d'anecdotes, certaines hilarantes, d'autres très superficielles, écrites de façon chronologique dans un style parlé. Avec, dans la liste des dédicaces, celle-ci, qui témoigne de la vivacité d'esprit et du sens ironique de la dame: «À tous les hommes que j'ai connus et dont je n'ai pas parlé. Remerciez-moi, vous n'aurez pas de comptes à rendre à votre femme!»

On peut essayer d'imaginer ce qu'un tel livre aurait pu être s'il avait été réécrit par un écrivain ou un journaliste d'expérience, qui aurait pu mieux mettre en contexte les événements décrits par l'auteure. Car Dominique Michel a vécu un grand nombre d'expériences passionnantes. On pourrait, par exemple, mieux explorer encore le monde des cabarets dans les années 50 et 60 à Montréal, et celui des tournées dans les hôtels de province, sur lesquels on ne cesse d'apprendre des histoires étonnantes. On pourrait essayer de mieux comprendre comment Dominique Michel a travaillé son rôle dans Le Déclin de l'empire américain. Et ainsi de suite.

Mais, souvent, Dominique Michel se contente d'énumérer les gens qu'elle côtoie, distribuant ses nombreux remerciements à gauche et à droite, décrivant la succession de ses amoureux, de ses contrats, de ses voyages. Ici et là, on trouve quand même des portraits plus fouillés et plus émouvants, dont au premier chef celui de sa mère, bonne vivante alcoolique que, toute jeune, Dominique Michel devait ramener à la maison et «nettoyer» de ses «nuits de boisson». En fait, même si le texte croule sous les anecdotes moins signifiantes, il faut accorder à Dominique Michel un excellent sens de l'observation.

Et puis, avouons-le, certaines histoires ont tout ce qu'il faut pour alimenter les conversations grivoises, dont l'aventure bizarre des photos d'elle nue, mystérieusement disparues de sa maison dans les années 70. Son avocat a envoyé une mise en demeure à tous les journaux québécois, les menaçant d'une poursuite d'un million si les photos étaient publiées.

Tout le monde aime Dominique Michel, dont l'énergie chaleureuse séduit et fait crouler de rire les Québécois depuis 50 ans. Moi aussi. Mais il faudra prendre ce livre pour ce qu'il est: à feuilleter comme un magazine populaire.

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Y a des moments si merveilleux

Dominique Michel

Éditions La Semaine

Montréal, 2006, 522 pages