Littérature jeunesse - Le héros nouveau est arrivé

Il n'y a pas que dans les téléromans québécois que l'image du mâle est en train d'être redéfinie. Les personnages masculins de la littérature jeunesse traduisent aussi le désarroi des garçons et les changements qui s'opèrent dans la définition des rôles sexuels.

Le héros par excellence des nouveaux romans pour adolescents est un jeune homme sensible et timide, pour qui les filles représentent un monde aussi fascinant qu'effrayant, une menace autant qu'une promesse.

Jack Grammar est le prototype de ce genre de garçon. Sympathique, un brin intello, il ne peut pas miser sur un physique exceptionnel, ni sur une personnalité hors du commun pour s'assurer du succès auprès de la gent féminine. Quand vient l'heure de trouver quelqu'un pour l'accompagner au bal des finissants, sa timidité et son inexpérience — il n'a encore jamais embrassé de fille — transforment sa première et unique tentative d'invitation en numéro comique, couronné, comme il se doit, d'un échec cuisant. Considérant son cas désespéré, ses meilleurs amis, Peter et Natalie, rédigent une annonce dans le journal de l'école pour l'aider à se trouver une compagne. Jack se retrouve alors embarqué malgré lui dans un véritable marathon de la drague. Il a sept jours pour rencontrer les 24 filles qui ont répondu à l'appel. Le défilé de demoiselles, plus déterminées les unes que les autres, constitue une épreuve pour le pauvre jeune homme désemparé, qui peine à cerner ses véritables envies à travers toute cette sollicitation.

Ce point de départ aurait pu donner lieu à une farce un peu grossière, mais 24 filles en 7 jours est un roman délicieux, qui exprime avec humour et sensibilité les questionnements d'un adolescent déchiré entre ses pulsions sexuelles, ses rêves romantiques et son envie de camaraderie complice avec les membres de l'autre sexe. Les personnages y sont attachants, les situations souvent cocasses mais toujours crédibles, et certains passages sont tout simplement hilarants — particulièrement celui où Natalie décide d'enseigner les rudiments du baiser à son meilleur ami à l'aide d'un menu de restaurant chinois. Il ne reste plus qu'à souhaiter que ce savoureux premier roman, qui slalome habilement entre les clichés, soit bientôt suivi d'un deuxième.

Plus proche du film d'ado

Le même type d'adolescent mignon et timide, écartelé entre ses hormones et ses émotions, est au coeur du roman À quoi pensent les garçons? Jonathan, nouvel élève dans un chic collège privé, doit prouver qu'il est à la hauteur de ses nouveaux amis et co-chambreurs en relevant le défi qu'ils lui imposent: coucher avec une fille qu'ils ont choisie pour lui. Plus proche du film d'ado que de la littérature, cet ouvrage où le sexe, la drogue et l'alcool sont omniprésents, dresse cependant un portrait assez semblable au précédent des rapports entre garçons et filles. Les adolescentes, souvent très dégourdies sur le plan sexuel, n'attendent pas qu'on les invite pour passer à l'action et les garçons, quand ce ne sont pas des tombeurs sans scrupule, ont de la difficulté à définir ce qu'ils attendent vraiment d'une relation amoureuse. Jonathan, exemple type du héros nouveau, est un sentimental un peu mou, et c'est paradoxalement cette sentimentalité qui le contraint à se battre et à faire «un homme de lui». D'une part, pour ne pas être le jouet passif de la volonté des filles, d'autre part, pour assumer sa sensibilité dans un monde où le sexe est un mode de valorisation sociale. Les protagonistes de ces deux romans témoignent du défi que doivent relever les garçons d'aujourd'hui: refuser de choisir entre utiliser et être utilisé.

Collaboratrice du Devoir

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24 FILLES EN 7 JOURS

Alex Bradley

Gallimard jeunesse, coll. «Scripto»

Paris, 2006, 318 pages

(À partir de 13 ans)

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À QUOI PENSENT LES GARÇONS ?

Sarah Miller

Fleuve noir

Paris, 2006, 360 pages

(À partir de 14 ans)