Littérature jeunesse - La récré continue!

Agnan triche! Clotaire n'est plus dernier! Nicolas prend le train tout seul! Décidément, le volume 2 des Histoires inédites du Petit Nicolas est aussi fertile en rebondissements qu'en belles bagarres. Bing! Sur le nez!

Bombons. Avec un m. Comme dans «bombons le torse». Toutes ces années passées à calculer combien de temps le train parti du point A et le train parti du point B mettent à se rencontrer en C n'auront pas été vaines: j'ai bon pour la composition d'arithmétique. Les 85 histoires du Petit Nicolas publiées dans les cinq recueils d'origine chez Denoël entre 1960 et 1964 plus les 80 de l'inespéré, événementiel et formidable Histoires inédites du Petit Nicolas, enfin rassemblées en 2004 chez IMAV éditions (650 000 exemplaires vendus plus vite qu'Alcestre n'engouffre des petits pains au chocolat), non môssieur, ça ne fait pas 300 histoires. Ça en fait 165, affirmais-je déjà en ces pages il y a deux ans. Et 300, je le répète en me pétant les bretelles, c'est à peu près le nombre d'histoires du Petit Nicolas parues entre 1959 et 1965 dans Sud-Ouest Dimanche et dans Pilote (Mâtin! Quel journal!). Selon mon calcul savant, des inédites en recueil, il en restait encore tout un tas.

Il en reste désormais 45 de moins, puisqu'en voici 45 de plus dans ce volume 2. Le compte n'y est toujours pas (qui dit volume 2 dit volume 3?), mais c'est quand même un cadeau drôlement chouette de la part d'Anne Goscinny, la fille unique du regretté papa de Nicolas. Non môssieur, il n'y a pas erreur. Fût-elle oeuvre de chair (créée en compagnie de Gilberte Polaro-Millo, celle qui n'avait jamais lu Astérix avant de rencontrer son futur) et Nicolas oeuvre de papier (créée sur une Royale à clavier américain), ça tisse des liens. Pas chi che, elle a entrepris de partager les «trésors cachés» de son frérot virtuel avec la bande planétaire de copains que nous sommes.

Félicité, donc. Quarante-cinq fois. Quarante-cinq fois René Goscinny au sommet de son art du gag récurrent, de l'observation fine et de la situation qui dégénère. Quarante-cinq fois les dessins si simples et si parfaitement évocateurs de Sempé (dont plusieurs tout neufs, les originaux ayant disparu). À nous la joie d'accompagner Nicolas chez le coiffeur. Avec Alceste, Rufus et Clotaire, qui sont là rien que pour rigoler. Marcel le coiffeur rigole moins: «Quand Nicolas sort de chez vous, lui dit Clotaire, il a l'air d'un guignol, on veut voir comment vous faites.» À nous l'incroyable constat: Agnan, le premier de classe, ce sale chouchou, a accepté pour 32 billes de passer aux autres la solution du problème d'arithmétique, comme quoi tout le monde a son prix. Pris en flagrant délit, il réagit comme il réagit toujours quand il est contrarié: «Agnan s'est roulé par terre, il a dit que personne ne l'aimait, que c'était de la faute à tout le monde, qu'il allait se plaindre à la police et qu'il allait mourir; et puis, il est sorti.»

Je vous laisse découvrir les autres histoires. Pas trop vite. Mettons une par jour. Avec les 165 déjà publiées, que vous ne manquez pas de relire chaque année (entre les Astérix et les Lucky Luke), vous en avez pour... euh... cinq et cinq dix, je retiens un... à peu près

210 jours, quoi. Non sans blague, ça épuise, les maths, et puis ce serait plus simple si on rééditait aussi La Potachologie (deux volumes illustrés par Cabu) et Les Interludes. On aurait du Goscinny à lire tous les jours de la vie, et la vie serait plus belle pour tout le monde. Sauf pour le Bouillon (le surnom de M. Moucheboume, surveillant des récrés), les Romains, Iznogoud, Foie-Malade, les Dalton, etc.

Collaborateur du Devoir

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HISTOIRES INÉDITES DU PETIT NICOLAS - VOLUME 2

René Goscinny et Jean-Jacques Sempé

IMAV éditions

Paris, 2006, 377 pages