Roman québécois - Faux journal d'un vrai défroqué

«Que faire de ce qu'on a fait de moi?», se demande un jeune prêtre enseignant originaire de Maria, en Gaspésie, membre des clercs de Saint-Viateur, à qui une bourse du Conseil des arts du Canada permet d'entreprendre, en 1965, des études doctorales en littérature à Paris.

Chronique «extérieure» d'un prêtre québécois de 33 ans à Paris, Col romain et culottes de tôle, d'Alonzo Le Blanc, est aussi le témoignage d'une profonde crise intérieure comme en ont connu quantité d'hommes et de femmes issus de ce «Tibet du catholicisme» qu'était le Canada français à l'époque — selon la pénétrante formule de Paul Claudel.

Et le mot «roman» sous le titre n'abusera personne. C'est en réalité un journal légèrement maquillé que propose Alonzo Le Blanc, professeur retraité du département de littérature de l'Université Laval depuis 1998 et... prêtre défroqué. L'auteur le reconnaît dans sa postface: «Antoine Dugas est un prête-nom, c'est-à-dire un personnage fictif qui assume ici le récit autobiographique de l'auteur... »

Musées, villes, campagnes, pays. À travers rencontres et pérégrinations, l'Europe lui offre ce qu'elle a de mieux. Y compris tout le mystère et la beauté des femmes, les occasions de transgresser ses voeux. Même si... «Mon corps a soif de ce plaisir. Mon statut de prêtre me l'interdit. Maudites culottes de tôle!»

L'Italie, le théâtre, une rencontre furtive avec Anne Hébert, Picasso au coin d'une rue, François Hertel derrière ses grandes lunettes. Le personnage étant prisonnier d'un «bagne clérical», comme il le dit lui-même, les découvertes littéraires et sexuelles ne se font pas sans bouleversements et sans une certaine dose de culpabilité. Deux ans plus tard, comme prévu, c'est saturé de «voyages» qu'Antoine Dugas rentre au pays. Mais en homme différent, transformé, plus près que jamais de sa propre vérité: «Je ne suis pas né pour être un professeur triste.» Être «disloqué», il sait d'emblée qu'il n'a pas l'étoffe d'un héros et que mieux vaut redevenir un laïc que d'être un mauvais prêtre. Donc acte.

Avec sincérité et candeur, Alonzo Le Blanc nous livre un questionnement personnel sur la liberté, sur le bonheur, sur la véritable fidélité. Une trajectoire de vie à laquelle s'ajoutent, en filigrane, les échos d'une époque bouillonnante — premiers pas du mouvement souverainiste au Québec, changements dans le monde de l'éducation, ouverture sur le monde. Un document.

Collaborateur du Devoir

COL ROMAIN ET CULOTTES DE TÔLE
Alonzo Le Blanc, Septentrion, Québec, 2006, 298 pages