Le prix Renaudot va à Gérard de Cortanze - Un étonnant Goncourt

Le lauréat du prix Goncourt, Pascal Quignard, et celui du prix Renaudot, Gérard de Cortanze, ont trinqué, hier, à Paris.
Photo: Agence Reuters Le lauréat du prix Goncourt, Pascal Quignard, et celui du prix Renaudot, Gérard de Cortanze, ont trinqué, hier, à Paris.

Le prix Goncourt 2002 a été décerné hier à Pascal Quignard pour Les Ombres errantes publié chez Grasset. Le prix Renaudot a pour sa part récompensé Assam de Gérard de Cortanze chez Albin Michel.

Pascal Quignard était favori au troisième tour de scrutin par six voix contre deux voix à Olivier Rolin pour Tigre en Papier (Seuil) et deux voix à Gérard de Cortanze pour Assam. Quant au prix essai Renaudot, il a été attribué à Claude-Michel Cluny pour Le Silence de Delphes (La Différence).

Né en 1948 à Verneuil-sur-Avre (Eure), Pascal Quignard est notamment l'auteur de Le Salon de Wurtemberg, Le Sexe et l'Effroi, Rhétorique spéculative, La Haine de la musique, Vie secrète, Terrasse à Rome, et Tous les matins du monde, porté au cinéma par Alain Corneau.

Premier volet d'une trilogie, Les Ombres errantes est un ouvrage qui semble difficilement accessible pour le grand public, selon les critiques. Le jury a fait le pari de l'exigence, avec un ouvrage composé de fragments, mélange de références historiques et de réflexions de l'auteur.

Pour sa part, Gérard de Cortanze, vainqueur du Renaudot, est né en 1948 à Paris. Il a notamment écrit Le Mouvement des choses et Une chambre à Turin. Il est aussi l'auteur de plusieurs anthologies des littératures latino-américaine et espagnole, de pièces de théâtre et de films pour la télévision. Il est aussi le traducteur de nombreux écrivains de langue espagnole, notamment Jorge-Luis Borges et Armando Uribe. Dans Assam, il raconte l'histoire d'un aristocrate piémontais entre 1794 et 1815. Fuyant la guerre, il part aux Indes sur les traces d'un aventurier.

Exit la tradition

Par son choix, le jury Goncourt a donc marqué hier l'histoire de cette institution vieille de 99 ans en décernant son prix à un livre constitué de fragments parfois mystérieux.

Le testament d'Edmond de Goncourt précise que toute oeuvre d'imagination peut concourir, y compris «un volume d'impressions», du moment qu'il est en prose: c'est le cas de l'ouvrage primé. Pourtant, c'est toujours un ouvrage narratif qui a été récompensé et jamais un «objet» comparable aux Ombres errantes.

Il fallait «sortir des habitudes. Mais, c'est vrai, c'est un Goncourt un peu spécial», a admis Mme Charles-Roux, la présidente du jury. «Nous avons choisi la perfection, celle d'une langue magnifique», a-t-elle déclaré en soulignant: «on tient un très grand écrivain». Il est vrai que des jurés, François Nourissier en tête, ne se sont toujours pas remis par exemple d'avoir choisi en 1998 la pâle Paule Constant au détriment de Michel Houellebecq.

Les Goncourt savent que le prix 2002 ne se vendra guère. «Cette année, on ne va pas s'inquiéter de cela», a encore dit la présidente qui, à 82 ans, a pris hier un sérieux coup de jeune avec ce choix qui prend le public à rebrousse-poil.

Pourtant, l'un des poids-lourds du jury, le franco-espagnol Jorge Semprun, a vivement dénoncé ce choix: ce livre «n'ouvre aucune voie littéraire nouvelle. Tout cela est très parisien, chic et chiqué».

Réflexions

Ni roman, ni essai, l'ouvrage de Pascal Quignard se présente sous forme de fragments, quelques pages ou quelques lignes, naviguant entre l'érudition et le quotidien, comme si l'auteur avait jeté sur le papier des réflexions en vue d'ouvrages à venir pour finalement livrer ce matériau à l'état faussement brut.

L'auteur s'est déclaré «profondément heureux» de ce prix qui va lui permettre «d'être sans inquiétude sur la suite» de l'oeuvre que ce volume annonce.

C'est bien sûr une victoire pour Grasset qui n'avait plus reçu ce prix depuis 1997, avec La Bataille de Patrick Rambaud. Mais c'est aussi une bonne nouvelle pour Gallimard, qui a publié les ouvrages les plus connus de l'écrivain.

Pascal Quignard a été nommé en 1990 secrétaire général de Gallimard. En 1994, il a quitté cette fonction pour se consacrer uniquement à son travail d'écrivain.