Philosophie - Coder l'éthique

Le philosophe et directeur du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, Daniel Weinstock, propose dans un petit ouvrage, Profession éthicien, une mise au point éclairante de ce qu'est ou devrait être un professionnel de l'éthique. Pourtant, d'entrée de jeu, il admet que le terme le dérange profondément: «Un éthicien, ce serait quelqu'un de sentencieux, toujours prêt à porter un jugement sur le comportement des autres. [...] Le mot éthicien me fait également frémir parce qu'il n'existe aucune discipline bien établie portant le nom d'éthique», soulignant du coup qu'à peu près n'importe qui peut prétendre en être un.

Weinstock brosse ici les con-tours d'une discipline mal définie mais ô combien à la mode. Il écrit avec raison que «le rôle de l'éthicien n'est pas de fournir des réponses, mais d'éclairer des débats en repérant aussi précisément que possible les enjeux éthiques présents dans un problème donné. Il cherche à jeter de la lumière sur un paysage accidenté, mais il ne doit pas dicter aux citoyens le chemin à adopter à l'intérieur de ce paysage».

Le ton est léger, voire amical. Weinstock emploie la première personne du singulier tout le long de l'ouvrage. Il laisse même poindre, par moments, un brin d'humour. Avec une approche très personnelle, le philosophe n'écrit pas sur son sujet; il le raconte. Le résultat est éclairant. En moins de soixante pages, le penseur réussit ce que plusieurs n'arrivent toujours pas à faire en plusieurs volumes, soit de rendre accessible et compréhensible un sujet aussi complexe que l'éthique.

Évidemment, l'ouvrage ne prétend pas théoriser la discipline. Là n'est pas l'intention de l'auteur. En fait, l'ouvrage doit être perçu pour ce qu'il est, soit un très bref survol de ce que sont l'éthique et la profession d'éthicien. Une introduction qui donne envie d'approfondir le sujet.

Collaborateur du Devoir