À Voir à la télé le dimanche 27 octobre: Des temps obscurs

Guerres, peste, scandales sexuels: un climat de mort et de désolation règne dans le très beau film qu'André Delvaux a tiré du roman de Marguerite Yourcenar, L'oeuvre au noir, présenté ce soir à Artv. Dans ces paysages du Nord aux couleurs délavées, on tue, on pourchasse, on massacre au nom de croyances religieuses trempées dans le feu du dogme.

En ce début du XVIIe siècle, la Réforme s'étend en Europe, à l'encontre d'un catholicisme jugé trop accommodant, mais elle lutte aussi contre l'une ou l'autre des sectes que le schisme de Luther a semées dans son sillage. Pour Yourcenar, le monde est entré dans une nuit de l'intelligence, où règnent l'ignorance et l'intolérance. C'est dans ce contexte que Zénon Ligre, haute figure humaniste née de l'imagination érudite de la romancière, doit porter le flambeau de la pensée. Nul éclat, nul bruit chez lui, mais une détermination qui consiste à mener ses travaux à l'écart et, pour le médecin qu'il est, à soigner les corps malades, peu importe la foi qu'ils professent. Il n'est pas le seul à agir ainsi.

Aux certitudes de religions trop compromises avec le pouvoir temporel, Zénon préfère la quête patiente de l'alchimie, dont le grand oeuvre, en se dérobant, ne cesse d'entraîner plus loin dans la connaissance. L'Îuvre au noir montre aussi comment la philosophie stoïcienne a pu s'incarner chez un homme ayant cultivé une sagesse qui entremêle soumission au destin et liberté humaine. «Au-delà de la gloire, il y a d'autres gloires», rétorque le médecin à ses juges lors du procès qu'on lui fait pour des motifs fallacieux. Lorsque, tout bien considéré, le vieillard de 58 ans décide d'entrer dans la mort «les yeux ouverts», la caméra de Delvaux, pudiquement, donnera la mesure de ce paradoxal éloge de la vie.

Cinéma: L'oeuvre au noir

Artv, 22 h