Littérature jeunesse - Vivre de hockey

Ah! que j'aurais donc aimé pouvoir lire un petit roman comme En territoire adverse quand j'avais 12 ou 13 ans. Non, je n'étais pas orphelin, comme le jeune Cédric Chevalier, mais moi aussi, c'est à mon grand-père que je dois cette passion du hockey qui a habité mon enfance.

Premier roman du jeune Gaël Corboz, ce récit sportif devrait plaire aux garçons — ils sont encore nombreux — qui rêvent de jouer dans la Ligue Nationale. Élevé par son grand-père maternel, un fan fini du Canadien, le petit Cédric, plus lecteur que sportif, prendra rapidement goût au hockey. Avec son seul vrai ami, le voisin russo-québécois Jean-Sébastien Viger-Romanoff, il s'inscrira dans la ligue de son petit village isolé de la Côte-Nord. La frustration le gagnera quand il se rendra compte que son compère a des mains bénies sur la glace. Le grand-père, alors, lui offrira en guise de talisman une vieille serviette portant le sigle du CH et imbibée de la sueur du vrai Rocket, jadis recueillie au Forum. Cédric, qui s'en servira pour essuyer son bâton et ses lames, deviendra lui aussi un champion junior de calibre national.

L'adversité, cependant, sera au rendez-vous. Un entraîneur aux mains trop longues assombrira l'éden sportif des petits patineurs et la nouvelle compagne du grand-père fera la gaffe d'envoyer au lavage la serviette magique. Ce dernier épisode, d'ailleurs, permet à Corboz d'y aller d'une petite leçon de lucidité adolescente: la magie n'y est pour rien, c'est la confiance en soi qui compte.

Parfois incertain sur le plan stylistique, En territoire adverse présente des maladresses et n'est pas un grand roman jeunesse. Gaël Corboz n'a que 23 ans et on lui pardonnera ses naïvetés, parce que son premier tir au but littéraire parvient néanmoins à évoquer avec efficacité et émotion un univers susceptible d'amener à la lecture des garçons (et des filles, ajouterait Michael Bossy) qui lisent si peu.

Collaborateur du Devoir