Robert Soulières, d'un salon jusqu'à la maison d'édition

En 1996, Robert Soulières quittait son emploi chez Pierre Tisseyre et, après avoir songé à se joindre à une autre maison d'édition, il décidait finalement de se lancer dans la mêlée en fondant Soulières éditeur.

«Nos débuts ont été fort modestes, raconte Robert Soulières en entrevue. J'ai investi toutes mes économies, hypothéqué ma maison, et nous avons ouvert notre premier bureau... dans le salon de Colombe Labonté, ma collaboratrice.» Heureusement, son séjour d'une dizaine d'années aux éditions Tisseyre lui avait permis de se faire quelques contacts. Petit à petit, d'excellents auteurs, tels que Gilles Tibo, Danielle Simard ou Louis Émond, ont commencé à lui proposer des textes. Pour les illustrer, Robert et Colombe n'ont pas hésité à faire appel aux meilleurs illustrateurs du Québec, les Stéphane Poulin, Dominique Jolin, Sampar et autres.

Dès le départ, le pari de Soulières éditeur était donc de miser sur la qualité des publications plutôt que sur le nombre. «Ce qui caractérise Soulières éditeur, c'est le service personnalisé et le caractère presque artisanal de la boîte. Par exemple, nous nous sommes fixé un maximum de 16 publications par année. Pourquoi 16? Parce que c'est le nombre maximal de romans que nous pouvons publier tout en accordant à chacun toute l'attention qu'il mérite.» Ce soin et cette attention portés aux détails permettent à Soulières éditeur de se démarquer dans le monde de l'édition jeunesse.

En fait, très souvent, lorsqu'un auteur veut aborder un sujet inédit ou qu'un illustrateur a une idée totalement farfelue, c'est vers Robert Soulières et son équipe qu'il se tourne, parce que au-delà de la rentabilité, Soulières éditeur mise sur la créativité. Cette approche a permis la publication de petits bijoux tels que Les Yeux noirs, Un cadavre de classe, Llddz ou, plus récemment, Un roman-savon et Am, stram, gram et calligrammes. La qualité des publications de Soulières éditeur lui a d'ailleurs valu de remporter quatre fois le prestigieux Prix du livre M. Christie et de figurer plus de 20 fois au palmarès Communication-Jeunesse depuis 1998.

Aujourd'hui, après dix ans d'existence, Soulières éditeur reçoit de 175 à 200 manuscrits par année, parmi lesquels on découvre de temps à autre un nouveau talent. Ainsi, cet automne, on publie le premier roman d'un jeune auteur de 22 ans, Gaël Corboz, qui a imaginé une histoire se déroulant dans le monde du hockey intitulée En territoire adverse. Plusieurs des collaborateurs habituels sont aussi de retour: Alain M. Bergeron signe La Classe de neige, Camille Bouchard entraîne sa Bande des cinq continents à la rencontre de L'Étrange Monsieur Singh et Louis Émond propose aux jeunes lecteurs un recueil de nouvelles intitulé Quand la vie ne suffit pas. Après le vif succès du Nul et la chipie, François Barcelo revient avec La Fatigante et le fainéant, dont les protagonistes sont une vieille dame et son jeune voisin. Pour sa part, Jocelyn Boisvert s'adresse directement à ceux qui n'aiment pas la lecture avec Ne lisez pas ce livre, une histoire où un non-lecteur devient boulimique de lecture...

Collaboratrice du Devoir