L'écrivain Pierre Yergeau rate de peu le Prix des cinq continents

Paris — Il s'en est fallu de peu que le Prix des cinq continents, décerné par l'Organisation internationale de la Francophonie, n'aille pour la première fois cette année à un écrivain québécois.

Cette récompense littéraire a été décernée hier à Bucarest (où s'ouvrira jeudi le 11e sommet de la Francophonie) à la Mauricienne Ananda Devi pour son beau roman Ève de ses décombres, publié chez Gallimard.

Elle a échappé par seulement quelques points à Pierre Yergeau, qui s'est vu gratifié d'une inhabituelle mention spéciale pour La Cité des vents, publiée à L'instant même, un petit éditeur de Québec.

Le jury a voulu rendre hommage, a-t-on indiqué, à «l'écriture talentueuse de Pierre Yergeau, à son imaginaire captivant et riche de promesses».

Composé d'écrivains aussi importants que Jean-Marie Le Clézio, Andreï Makine ou Paula Jacques, le jury a eu du mal à départager les deux romans.

«C'est une très bonne décision, mais ça aurait pu être l'un ou l'autre, puisqu'il s'agit de deux livres remarquables sur le fond et sur la forme», a souligné Lise Bissonnette, la présidente de la Grande Bibliothèque du Québec, également membre du jury.

Même s'il n'a pas remporté le grand prix, le roman de Pierre Yergeau a fait l'unanimité. J.M.G. Le Clézio l'a, dit-on, appuyé sans réserve.

«C'est un livre violent, a estimé l'écrivain né en France de parents mauriciens. Il y a un vrai souffle. Ça fait penser un peu à l'époque de la beat generation. On a un peu l'impression de lire un road novel. C'est un livre en mouvement, qui est écrit en bougeant. En même temps, il y a un côté satirique. Cette description de la ville de Chicago et de la société américaine à travers le regard des hobos, des vagabonds, c'est très prenant. C'est un très beau livre, qui ferait aussi un très beau film.»

Lise Bissonnette connaissait déjà Yergeau, dont elle a «tout lu». La Cité des vents l'a profondément séduite.

«Ce qui est extraordinaire chez Yergeau, c'est qu'il arrive à faire du rêve américain un personnage à part entière, fait-elle remarquer. De tous ses romans, celui-là est le plus achevé. Yergeau est un écrivain qui sculpte ses phrases. Le risque dans ces cas-là, c'est de perdre le lecteur. Lui réussit à garder notre attention jusqu'à la fin.»

Un romancier qui doute

Curieusement, ce concert de louanges n'a pas calmé les doutes de l'exigeant romancier, né en Abitibi en 1957.

«C'est très particulier, a-t-il confessé, parce que c'est un des livres envers lequel je nourris le plus de doutes. Je doute du rythme, je doute de certaines scènes, de la place du roman dans le cycle dans lequel il s'inscrit. Malgré cette récompense, je continue de douter.»

Pierre Yergeau a publié 11 romans en moins de 15 ans. La Cité des vents est le quatrième volet d'une vaste saga familiale inaugurée en 1996 avec L'Écrivain public et qui s'est poursuivie avec La Désertion et Les Amours perdues.

Plus de 140 ouvrages venus d'une trentaine de pays avaient été soumis cette année aux trois comités de sélection québécois, français et sénégalais du Prix des cinq continents. La liste finale comprenait dix romans, dont quatre venus du Québec.

C'est le secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf, qui a remis leurs récompenses à Ananda Devi et à Pierre Yargeau au cours d'une cérémonie au Théâtre national de Bucarest.