Trente et un ans plus tard - Jim Corcoran publie l'intégrale de ses textes

Sherbrooke — Jim Corcoran a beau avoir l'esprit ouvert, la réplique coquine et le verbe sensuel, il n'est pas exhibitionniste. Ça, non! Aussi, quand les Éditions VLB lui ont demandé, il y a quelques années, de déshabiller ses chansons dans un bouquin, de mettre à nu vers et rimes, il s'est montré hésitant.

«Je craignais qu'on se mette à scruter chaque parole pour la prendre en défaut. Je crois que j'avais peur que, sans la musique comme vêtements, mes textes paraissent différents et soient jugés plus facilement.»

Puis, en douce, le poète a fait tomber ses décents principes et a découvert ses 31 années de chansons. «J'ai relu mes textes un à un. C'était fascinant! Les mots semblaient prendre une tout autre valeur, un tout autre poids. Aussi, je voyais mon évolution défiler au fil de ma lecture. Je me sentais passer du jeune homme à l'adulte, de l'anglophone francophile au francophone de plus en plus adroit. J'ai alors décidé d'accepter», explique l'artiste.

L'effeuillage de sa plume a donc été imprimé et c'est dans le cadre du Salon du livre de l'Estrie que le recueil a été lancé. Assorti d'un DVD, La tête en gigue regroupe les 65 chansons endisquées de Jim Corcoran, classées de la plus récente à la plus ancienne, du dernier compact jusqu'à l'époque du défunt duo Jim et Bertrand. Marie Laberge en signe la préface.

Si sa mine bohème semble lui être éternelle, ses écrits, eux, portent fièrement les ridules du temps. «En m'attardant à mes premières chansons, j'ai trouvé mon écriture un peu gauche, gênée. Même si je crois qu'elle est plus affirmée aujourd'hui, je ne rougis pas en lisant mes anciens textes. Je ne regrette rien de ce que j'ai fait, confesse celui qui agit comme porte-parole du bicentenaire de sa ville natale. Les mots étaient peut-être différents à l'époque, mais il y avait toujours cette même intensité de raconter les choses, simplement.»

En préparant son recueil, Jim Corcoran a également rencontré, au fond d'un tiroir, des textes qu'il n'avait pas croisés depuis des années. Des textes qu'il en était venu à oublier, parce que négligés. Il évoque, en tournant les pages d'un exemplaire de son «bilan de carrière», Gris comme Pâques à Londres, «la chanson qui me ressemble le plus» et J'ai la tête en gigue, qui a légué son titre au recueil et «rappelle le début véritable de ma carrière».

En dépoussiérant ses textes, Jim Corcoran a aussi été surpris. «Soixante-cinq chansons en trente ans, c'est bien peu, non?» Avec une moyenne de deux chansons par année, il n'a pas, de toute évidence, le crayon fécond d'autres compositeurs à succès. Par contre, chaque lettre que Jim dessine est mûrement pensée. Lue et relue.